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10 voix

Museor
31 décembre, 2010

Domenico SCARLATTI (1685-1757)

Stabat Mater, Messe de Madrid (Missa Quatuor Vocum), Cibavit nos, Te Deum (hymnus Ambrosianus)

Ensemble Jacques Moderne :
Axelle Bernage, Anne Magouët, Cyprile Meier, Julia Wischniewski (sopranos)
Philippe Barth, Cécile Pilorger (altos)
Olivier Coiffet, Marc Manodritta (ténors)
Didier Chevalier, Christophe Sam (basses) 
Hendrike Ter Brugge (violoncelle), Michel Maldonado (contrebasse), Manuel de Grange (théorbe), Laurent Stewart (clavecin), Emmanuel Mandrin (orgue).

Direction Joël Suhubiette

55′, Ligia, 2010. 

Nous avions chroniqué il y a quelques temps l’excellent enregistrement de ce Stabat Mater de Scarlatti à 10 voix par Vox Luminis (Ricercar) dont nous avions loué la clarté des lignes et le dolorisme inspiré. L’Ensemble Jacques Moderne nous offre de cette même œuvre une lecture un peu moins recueillie et avec des tempi légèrement plus vifs, où l’extrême transparence des pupitres irradie l’espace avec force et relief. Le Stabat acquiert ainsi un dynamisme et une théâtralité accrue, une virtuosité italianisante plus prégnante, comme dans l’ « Eja Mater ». Vision également plus « moderne » que celle que nous propose Joël Suhubiette, grâce à des contrastes plus prononcés, et une distinction plus franche des affects et climats de chaque courte section, comme le « Sancta Mater » ample et aux chromatismes bien sentis, ou le « Juxta crucem » accompagné d’un clavecin à la basse continue, et où les voix solistes s’épanchent avec grâce en une courbe mélodique précieuse et raffinée.

Le programme offre également une autre  grande œuvre de toute beauté, la Missa Quatuor Vocum dite « Messe de Madrid » (car retranscrite en 1754 pour la chapelle royale espagnole). A l’inverse du Stabat, Scarlatti a ici adopté un style plus archaïque, qui, comme le rappelle le livret, renoue avec le principe des messes de la Renaissance. Au sein de ce temps cyclique, d’une horizontalité généreuse et au fil des mesures hypnotiques, l’Ensemble Jacques Moderne fait valoir une homogénéité bleutée, des contours doux, un équilibre vocal tourné vers les pupitres médians et aigus. La fluidité de l’ensemble, à peine rompue par les antiennes grégoriennes, constitue un discours dense et uni, où les délicates entrées des voix et l’art consommé du phrasé, évitent une éventuelle monotonie.

Un petit mot sur deux petites pièces nettement plus brèves : un Cibavit nos à l’introduction sombre et poignante, avec un ébouriffant étalage de couleur et d’opulence sonore, qui sert de lien avec le Te Deum final, composé sur un mode polychoral plus simple que le Stabat, et d’une jubilation inspirée avec ses effets de masse entre les deux chœurs de 4 voix. Enfin, il faut louer la qualité de l’accompagnement instrumental, tendu et sûr, avec notamment un clavecin, orgue et théorbe très présents et structurants. Un excellent enregistrement auquel on ne pourra – à la rigueur – que reprocher une jaquette d’une blancheur immaculée qui reflète mal les reflets moirés du chant et pourrait faire croire à une approche d’un angélisme plus anglo-saxon.

Alexandre Barrère

Technique : Excellente dynamique de la prise de son, moelleuse et légèrement réverbérée