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1515, voilà the Sixteen !

Muse4
31 décembre, 2009

Clément JANEQUIN (c.1485-1558)

La Guerre (La bataille de Marignan)

 

Francisco GUERRERO (1528-1599)

Missa de la Battala Escoutez (messe d’après la parodie de La Guerre de Janequin)
Lauda mater ecclesia
Tota pulchra es, Maria
Hymn: Vexilla Regis
Song of Songs: Ego flos campi
Pange lingua 

guerrero_sixteenThe Sixteen
Direction Harry Christophers 

69’23, CORO, 2009.

Composée par Clément Janequin au lendemain de la bataille de Marignan (1515), La Guerre est une des plus fameuses chansons de la Renaissance parvenues jusqu’à nous. Déjà à l’époque, elle suscita un grand engouement, si bien qu’elle fut reprise et arrangée pour divers usages et par divers compositeurs. C’est ainsi qu’en 1582, Francisco Guerrero lui fit quitter le monde profane pour entrer en terre sacrée avec sa Missa de la Battala Escoutez. L’ingénieuse réunion de ces deux œuvres sur un même enregistrement permet d’apprécier la manière dont Guerrero s’est approprié la chanson de Janequin et  nous invite à tendre l’oreille vers leurs similitudes.

 Cette ingéniosité se retrouve dans l’interprétation que fait l’ensemble d’Harry Christophers de La Guerre ; dans un mélange de burlesque et d’héroïsme pathétique, les Sixteen rendent à merveille les « von pa ti pa toc von » ou encore les « poin poin la ri le ron », traduisant les coups d’épée, les alarmes lancées au clairon ou encore les cavalcades équines avec entrain et légèreté. Saluons l’articulation particulièrement soignée de nos voisins britanniques et leur humour bon enfant.

D’un tout autre caractère, la Missa de la Batalla Escoutez est servie avec la même clarté de timbres ; identiques à celles de La Guerre, les premières notes du « Kyrie » nous offrent d’apprécier la pureté des sopranos à laquelle se mêlent peu à peu les autres registres, tout en restant dans les hautes sphères vocales. A l’image des cathédrales gothiques qui élancent vers les nuées leurs colonnes nimbées d’une lumière translucide, les chanteurs développent avec grâce la polyphonie assez simple de Guerrero, mais d’une grande beauté.

Une des failles de ce disque apparaît alors qu’un des ténors entonne le « Credo » ; souplesse et linéarité font quelque peu défaut à sa voix (un peu nasale) qui frôle ainsi les frontières de la justesse. Mais l’instant est vite passé ; ce Credo rompt avec l’atmosphère plutôt contemplative du début de la Messe et révèle une rythmique plus riche et allante.

Du motet Tota pulchra es, Maria se dégage un profond sentiment d’intemporalité mais le chœur laisse s’installer peu à peu un certain statisme. Les voix sont pures et bien équilibrées mais il manque un vent de dynamique.

The Sixteen  livrent donc une lecture très vivante et originale de la chanson de Janequin mais on regrettera qu’ils n’aient pas investi les pièces de Guerrero avec la même inventivité.

Isaure d’Audeville

Technique : légère réverbération.