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23 juillet : 257ème anniversaire de la mort de Domenico Scarlatti

24 juillet, 2014

 

Portrait de Domenico Scarlatti par Domingo Antonio Velasco vers 1738 - D.R.

Portrait de Domenico Scarlatti par Domingo Antonio Velasco vers 1738 – D.R.

 

Mon fils est un aigle dont les ailes ont poussé : il ne faut pas qu’il reste oisif dans son nid et il ne m’appartient pas de l’empêcher de prendre son envol.
(Lettre d’Alessandro Scarlatti alors qu’il envoie son fils se perfectionner à Venise en 1705)

257 cela ne rime à rien. Et pourtant, en ce jour, nous ne pouvions décemment pas oublier Scarlatti, disparu il y a 257 ans, jour pour jour, le 23 juillet 1757. Scarlatti, non pas Alessandro pour lequel nous avouons pour l’oeuvre opératique une inclination toute particulière, mais le fils né la même année que Bach ou Haendel, sixième enfant aux prestigieux parrains et qui dès 1701 devient compositeur et organiste à la Chapelle royale de Naples. Le jeune artiste, extrêmement brillant suit son père à Florence, le rejoint à Rome, crée à la cour de Naples ses premiers opéras dès 1703 (l’Ottavia ristituita al trono et Il Giustino) mais délaissera prématurément le genre lyrique dès 1718 avec la Berenice Regina di Egitto o vero Le Gare di Amore, e di Politica créé au carnaval de Rome…

En 1705, Scarlatti est à Venise et étudie auprès de Gasparini, fait la connaissance de Vivaldi et de Haendel, et l’on peine à imaginer ces trois grands ensemble, triumvirat musical aussi talentueux que juvénile, avec ses ambitions et ses succès. On passera vite sur la « période polonaise », car en réalité Scarlatti reste à Rome mais en tant que maître de chapelle de la reine Maria Casimira de Pologne, de 1709 à 14, puis vient celui du Marques de Fontes ambassadeur du Portugal auprès du pape. De 1714 à 1719 il est maître de chapelle à Saint-Pierre de Rome. Sand doute le Miserere et surtout le superbe Stabat Mater à dix voix datent-ils de cette époque.

Mais suivre la vie de Scarlatti, c’est suivre le cours sinueux d’un nomade : en 1719 il est en Angleterre, en 1720 à Lisbonne au service de JoãoV où il est professeur de musique du frère du roi, et de l’infante Maria Barbara de Braganza, future reine d’Espagne qu’il suivra à compter de 1729 après un retour en Italie où il épouse Maria Catalina Gentili l’année précédente. 

 

Manuscrit anonyme des sonates de Scarlatti, volume de 1749 - D.R.

Manuscrit anonyme des sonates de Scarlatti, volume de 1749 – D.R.

En 1738, il publie ses 30 Essercizi per gravicembalo à Londres, se remarie après le décès de sa première épouse vers 1740-1742, est enfin nommé vers 1746 Maître de musique des rois catholiques quand le prince Fernando devient roi sous le nom de Fernando VI.

Mais le leg de Scarlatti, au delà de son oeuvre lyrique de jeunesse, et de quelques compositions religieuses parmi un superbe Salve Regina (1756), ce sont les pièces de clavecin, plus de 550. Certaines furent publiées de son vivant  à travers toute l’Europe, on citera notamment les éditions suivantes :

  • Essercizi per Gravicembalo. London 1738
  • XXX Sonate Per Il Clavicembalo. Witvogel, Amsterdam 1742
  • XLII Suites de Pièces Pour le Clavecin. Édition Thomas Roseingrave, Cooke, London 1739
  • Forty two Suits of Lessons For the Harpsichord, London, J. Johnson (d’après l’édition de Roseingrave)
  • Pièces choisies. Pour le Clavecin ou l’Orgue, del Sigr. Domco. Scarlati Opera Prima. Le Clerc, Paris v. 1742
  • Six Double Fugues For the Organ or Harpsichord Compos’d by Mr. Roseingrave, To which is added, Sigr. Domenico Scarlatti’s Celebrated Lesson for the Harpsicord. Walsh, London
  • Twelve Concerto’s … done from two Books of Lessons for the Harpsicord. Composed by Sigr. Domenico Scarlatti with additional Slow Movements from Manuscript Solo Pieces, by the same Author (arrangés par Ch. Avison). London 1744 ; réédition, Le Clerc, Paris
  • Pièces Pour le Clavecin. Boivin, Le Clerc, Corrette, Brotonne, Paris v. 1742
  • Pièces Pour Le Clavecin II. Le Clerc, Boivin, , Paris, v. 1742
  • Pièces Pour le Clavecin. Boivin, Le Clerc, Corrette, Brotonne, Paris v. 1742-1746
  • Pièces Pour le Clavecin III. Boivin, Le Clerc, Castagnerie, Paris v. 1742-1746
  • VI Sonate Per Il Cembalo Solo. Haffner, Nürnberg v. 1753

Mais la grande majorité est parvenue jusqu’à nous de par de beaux manuscrits non autographes, dont le célèbre manuscrit 9770-9784 en 15 volumes (!) conservé à la Biblioteca Marciana de Venise et qui appartenait à la Reine Maria Barbara d’Espagne. Ce dernier comporte 496 sonates. On citera encore les 15 volumes contenant 463 sonates de la Biblioteca Palatina de Parme, en partie de la même main, peut-être celle du chanteur Carlo Farinelli lui-même. 

Pour en savoir plus et se rappeler l’incroyable fantaisie et liberté de ce compositeur trop souvent réduit à quelques virtuoses arpèges, on ne saurait trop conseiller l’incontournable biographie de Ralph Kirkpatrick, Domenico Scarlatti. Paris, J.-C. Lattès, 1982, et de lire nos critiques pour vous constituer une discothèque entre l’incontournable Scott Ross, mais aussi Andreas Steier, Bertrand Cuiller ou Nicolau De Figueiredo…

M.B.