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Dernière mise à jour 12 novembre 2011

 

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Genre : musique de chambre

Antonio CALDARA (1670-1736)

Sonate à violoncello solo col basso continuo (1735)

Gaetano Nasillo, violoncelle Antonio Ungarini, ca. 1750

Luca Gugliemi, clavecin Tony Chinnery, 1995 (d'après Michael Mietke, 1710) ; pianoforte Kerstin Schwarz, 1997 (d'après Bartolomeo Cristofori, 1726)

Sara Bennici, violoncelle Barak Norman, ca. 1710

 

69'32, Arcana, 2010.

 

 

"Une pensée virtuose et une langoureuse écriture" (Luca Gugliemi)

Caldara fut violoncelliste, bien qu'une grande partie de sa production, du fait des postes qu'il occupa, se tourne vers la musique vocale. Vous autres mélomanes avez d'ailleurs sans doute croisé son chemin lors de l'émouvante Maddalena ai piedi di Cristo dirigée par René Jacobs (Harmonia Mundi). Pourtant, comme le souligne avec raison le livret, la musique instrumentale fut l'alpha et l'omega de ce musicien virtuose : en 1693, Caldara publia  son Opus 1 de sonates d'églises en trio, puis un Opus 2 de sonate da camera en 1699, année où il devint Maître de Chapelle chez les Gonzague, ducs de Mantoue. Et puis il y eu une longue éclipse de 36 ans, sans aucune pièce pour orchestre seul, si l'on fait fi des ouvertures d'opéras ou des Sinfonies introductives des nombres de ses 87 oratorios. Pendant ce divorce, Caldara fait cependant montre d'une science consommée dans ses accompagnements orchestraux, comme en témoignent notamment ses motets qu'Il Seminario Musicale avait enregistré avec ferveur et talent (Virgin), déjà la ligne discrète du violoncelle laissait paraître une singulière beauté, même dans un rôle pourtant en retrait. 

C'est en 1735, un an avant le décès de Caldara, que paraissent chez un éditeur vénitien, un recueil de 16 sonates pour violoncelle seul et basse continue composées cette année-là, comme en attentent les annotations pour chacune d'entre elles : "Sedici Sonate / a Violoncello Solo, Col Basso Continuo / Del Sigr Antonio Caldara / 1735" "sonata Ottava in Mi bemolle maggiore fine adi 20 giugno 1735" dont Gaetano Nasillo livre ici un choix de huit, enregistrées en 4 jours dans la Chiesa della SS. Trinità di Ghiffa (Verbania) pour sa première collaboration avec le label Arcana. Et il faut d'ores et déjà avouer que la compétition fut rude pour la sélection de la Muse du Mois, tant cet enregistrement sensuel et délicat, d'un lyrisme intense appelle l'admiration. On y trouve en effet la conjonction d'une écriture assurée et complexe, alchimie entre une apparente simplicité mélodique qui préfigure parfois un peu le Sturm und Drang et une richesse harmonique et chromatique très personnelle.

L'archet de Gaetano Nasillo parcourt son Antonio Ungarini à la manière d'une douce caresse, d'un murmure ouaté, laissant pleinement ressortir le son grainé et les harmoniques de son instrument qui bénéficie d'une prise de son exemplaire. Entouré du clavecin fleuri mais discret de Luca Gugliemi, qui troque parfois son instrument pour un pianoforte encore plus discret et qu'une oreille distraite pourrait prendre pour une cithare ou une harpe (Largo de la Sonate n°15), dialoguant avec Sara Bennici dont le violoncelle tout aussi ductile possède un timbre proche, le soliste brosse avec générosité et abandon des mouvements dont le souffle est inversement proportionnel à la durée (la plupart des mouvements durent environ 2 minutes), et parvient à communiquer une cohérence sereine, une confiance lumineuse à ces 8 sonates qui se conçoivent comme un tout bien que l'ordre ne suive pas la simple numérotation du recueil. Nasillo refuse sciemment même dans les mouvements vifs des attaques trop brusques au profit d'un legato souriant qui fait passer la démonstration virtuose au second plan.

Ainsi, dans la 8ème Sonate qui ouvre le disque, le superbe Largo, au vibratello éminemment contrôlé, à l'épanchement large sans virer dans une viennoiserie sentimentale excessive, avec ses harmoniques quasi-douloureuses, ses articulations nuancées et déclamatoires débouche sur un Allegro que l'on aurait pu imaginer fier et sec. Ici, l'archet détache les notes avec vigueur mais presque à regrets, insiste sur la rondeur du phrasé plus que sur chaque double-croche, se délecte des sonorités profondes des graves avant de remonter vers les harmoniques moirées de sa corde de la. L'auditeur passe ensuite la rondeur d'un Adagio dont la poésie évanescente rappelle le Prêtre Roux, où le pianoforte martèle à pas de velours. L'Allegro Spirituoso, aimable mais plus extérieur voire galant vient conclure cette sonate au climat relativement nostalgique.

Prenons pour prolonger par le plaisir des mots celui des oreilles un second exemple, celui de la Sonata Sedidecima avec son Adagio noble, épanchement aux coups d'archet infiniment dosés, à l'élégance altière des articulations, où le dialogue avec Sara Bennici profite de passages en imitation. Elégance de la forme, beauté des timbres, énergie fluide de l'Allegro, dynamique et altier, plus énergique qu'à l'accoutumée et avec des tirés secs et nerveux.  Le Largo renoue avec l'Adagio pour son lyrisme incandescent si italien, une pudique tristesse qui résonne même après l'Allegro virtuose final.

On ne dissèquera pas le reste du disque qui abrite bien d'autres pépites - le Larguetto berceur de la Sonate Undecima, proche d'une sicilienne enchanteresse et sensuelle, le Largo de la Quattordicesima et ses chromatismes, l'Allegro de la Dodicesima bondissant - dont la découverte est plus qu'un plaisir, une nécessité. 

Armance d'Esparre

Technique : captation naturelle et chaleureuse, très proche des instrumentistes ce qui confère à l'ensemble une atmosphère intime.

 

 

 

Affichage recommandé : 1280 x 800

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