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Dernière mise à jour 12 novembre 2011

 

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Genre : musique de chambre

Arcangelo CORELLI (1653-1713)

Sonate a violino e violone o cimbalo – opera quinta

Sonate I in re maggiore

Sonate VII in re minore

Sonate II in si bemolle maggiore

Sonate VIII in mi minore

Sonate III in do maggiore

Sonate IX in la maggiore

 

Sonate IV in fa maggiore

Sonate X in fa maggiore

Sonate V in sol minore

Sonate XI in mi maggiore

Sonate XII in la maggiore

Follia in re minore

 

Enrico Gatti, violino

Gaetano Nasillo, violoncello

Guido Morini, clavicemballo

 

Enrico Gatti (violin Laurentius Storioni, Cremonæ 1789), Gaetano Nasillo (cello Barak Norman, London ca. 1710) & Guido Morini (harpsichord Antonio Martini, Ravenna 2001

 

126’30, 2 CDs, Arcana / Outhere, 2010, enr. 2003.

 

L'éloge de la lenteur épurée

Grâce à la politique bienvenue de réédition des titres du label Arcana, nous retrouvons après les sonate da chiesa ce cinquième opus de la production relativement peu abondante de Corelli, mais dont chaque composante est une petite perle (baroque, bien sûr). On notera au passage que cette série de onze sonates est clôturée par une variation sur le thème de la Follia.

A la première écoute, l’auditeur moyen ne pourra retenir un léger froncement de sourcils, ni s’empêcher d’évoquer une master class de violon chinoise ou coréenne, où de petits prodiges restituent à la perfection les partitions qu’ils ont sous les yeux, suivent sagement la ligne directrice, respectent scrupuleusement les annotations et n’en inventent surtout pas, et livrent non pas une interprétation, mais bien une exécution.

Puis, une seconde écoute plus attentive et plus fine, renforcée par la lecture du livret où Enrico Gatti commente sa démarche, permettra de comprendre que l'artiste, fin connaisseur de la musique de Corelli, nous en livre ici une interprétation volontairement épurée des diverses diminutions qui, au fil des siècles, se sont greffées sur les compositions originales. En retrouvant la pureté originelle des manuscrits d’un compositeur dont la primauté mélodique moderne dans les sonates de chambre préfigure un goût qualifié plus tard de "pré-classique", Gatti révèle pleinement l’essence du style de Corelli, dans toute sa maturité, qui se distille en un parfait équilibre entre la rigueur élégante des sonates d’église - leur dense contrepoint dense en moins - et le ton plus léger et dansant des musiques de chambre.

Oubliées, donc, les innombrables et envahissantes fioritures, les ornements omniprésents et les temps de cadence trop rapides inscrits sur des nombreuses éditions, au goût tant des contemporains de Corelli que de notre époque qui aime le rythme effréné, les effets de surprise et la variété. Comme Corelli lui-même, Gatti prône la lenteur, le temps nécessaire pour se laisser imprégner de l’harmonie, des subtiles mélodies qui s’exsudent lentement, exhalant progressivement leur saveur et leur parfum.

Afin de rétablir une unité stylistique, Gatti a opéré un tri parmi les versions diminuées de l’Opus V, et n’a retenu que celles qui, selon lui, se rapprochent le plus du style originelle de Corelli. Pour compléter cette recherche d’une cohérence dans le style, Gatti n’a paradoxalement pas hésité à écrire lui même certaines diminutions.

L’archet clair, limpide et précis de Gatti convient parfaitement à l’écriture de Corelli, qui, dans cet Opus V, fait mine de coller à la forme traditionnelle de la sonate, c’est-à-dire au rythme ternaire vif-lent-vif, pour mieux s’en affranchir. Voyons par exemple la Sonate I où, après un premier mouvement Grave qui fait office de prélude, le second mouvement en Allegro est doublé ; tandis que dans la Sonate XI, c’est le dernier mouvement qui est doublé. Ou encore la Sonate X qui s’ouvre sur un prélude lent, avant d’entonner un Allemande plus vive, puis une Sarabande qui fait écho au prélude, et d’enchaîner ensuite deux mouvements de danses, plus "danses pour les oreilles" que "danses pour les pieds", qui prolongent la sonate et lui confère une impression générale de vivacité et d’alacrité. D’autres sonates, comme la VII, la VIII ou la IX, répondent plus au modèle traditionnel, où, après un prélude souvent lent est suivi de trois mouvements vif – lent –vif.

Le timbre grainé et lyrique de son Laurentius Storioni, de Crémone (1789) se marie parfaitement avec les langueurs complices et poétiques du violoncelle de Gaetano Nasillo, naturel et structuré, et le clavecin disert de Guido Morini.  S’il joue avec les formes et les codes, Corelline dédaigne pas les contrastes et les effets de surprises, que le trio rend sans brutalité ni rupture, les laissant s'inscrire harmonieusement dans l’argumentaire, et conservant ainsi un équilibre indubitable à l’ensemble. Les variations sur le thème de la Follia qui concluent cet opus lui confèrent une note fantaisiste et d’apparence un tantinet plus échevelées, brisant ainsi la fausse rigueur des sonantes précédentes.

Saluons donc le retour dans les bacs de ce très bel enregistrement, où la simplicité raffinée de l’écriture d’Arcangelo Corelli est mise en valeur par un travail soigné, par une profonde et fine compréhension du style du compositeur, et par une exécution impeccable.

Hélène Toulhoat

Technique : très belle prise de son, ample et chaleureuse.

 

 

 

Affichage recommandé : 1280 x 800

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