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Dernière mise à jour 28 juillet 2010
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| Genre : musique religieuse Jean GILLES (1668-1705) Trois Lamentations pour la Semaine Sainte Motet "Diligam te, Domine"
Vincent Lièvre-Picard (haute-contre) Bruno Boterf (taille) Alain Buet (basse)
Direction Jean-Marc Andrieu
66'40, Ligia Digital, 2010
Jerusalem, convertere ad Dominum Dem tuum
Dès la ritournelle introductive de la Première Lamentation pour le Mercredi Saint, l'orchestre déploie le gonfanon d'un son ample, aux cordes onctueuses et empreintes de tristesse. Le chœur de chambre Les Eléments fait preuve des mêmes qualités, avec des parties équilibrées et denses, une lecture cohérente et dynamique très nuancée et refusant le spectaculaire au profit de l'attention au texte et à la déclamation ("princeps provinciarum" majestueux et digne). Le "Plorans ploravit" aux chromatismes douloureux démontre la maîtrise du compositeur âgé d'à peine 24 ans, alors que fondent les voix dans un torrent de larmes, tandis que les mélismes de chaque lettre hébraïque introductive sont sculptés avec raffinement et laissent entrevoir ce à quoi ces Lamentations auraient pu ressembler si composées dans le style intimiste et sophistiqué de Couperin ou Charpentier. On distinguera le haute-contre clair et à la tessiture bien égale de Vincent Lièvre-Picard, au phrasé soigné et convaincu, la basse impressionnante et généreuse d'Alain Buet, l'aisance digne de Bruno Boterf, les aigus adoucis d'Anne Magouët. Au-delà de la parfaite connaissance stylistique des solistes, les timbres se marient particulièrement bien, ce qui s'avère essentiel dans une œuvre où les voix s'entremêlent en permanence et où les sections dévolues à un soliste unique sont rares. L'approche fluide et les larges tempi de Jean-Marc Andrieu laissent pleinement le contrepoint s'épanouir, établissant dans la durée une atmosphère recueillie et sans austérité. Si certains chœurs auraient parfois pu être amenés avec plus de rupture théâtrale ("Omnes amici ejus spreverunt eam" ou "omnes persecutores ejus" discrets de la Lamentation pour le Mercredi), d'autres sont tout bonnement sublimes dans leur gradation tels le "Sederunt in terra" superbement maîtrisé de la Première Lamentation pour le Jeudi Saint, à la basse bien assise et au mouvement ascensionnel irrésistible et puissant. De même, après les angéliques entrelacs du "Caph" et son récit complexe, le "Jerusalem convertere" lumineux et résigné, sous-tendu par de délicates cordes et quelques accents de flûte, exprime sa prière en un sourire contrit, presque trop bref. Enfin, on retiendra de la Première Lamentation pour le Vendredi Saint un "Jod" aérien, et un "quia levabit super se" aux violons italianisants, soudain plus jubilatoire, tout comme le "ponet in pulvere" vif et rapide, et un "Jerusalem convertere" où Bruno Boterf livre toute sa science de la rhétorique en un souffle d'éternité relayé par un chœur rond. Si cet enregistrement n'obtient pas - et de fort peu - notre Muse d'or, c'est que le motet "Diligam te Domine" se révèle étrangement en-deçà de nos souvenirs : la fastueuse pièce, vraisemblablement destinée à accueillir en grande pompe la venue des Ducs de Bourgogne et de Berry à Toulouse, souffre de temps à autre d'un relatif manque de dynamisme dans sa palette orchestrale où la pulsation des basses se fait peu entendre (ritournelle introductive, "Comota est", "dolores inferni"), et de chœurs moins contrastés et dynamiques que dans un grand nombre de prises lors de la séance d'enregistrement. Les "Comota est" et "dolores inferni" précités, à l'écriture extravertie, auraient pu être plus francs et visuels, voire plus violents. En dépit de ces quelques réserves, l'interprétation demeure équilibrée et naturelle, avec de très jolis passages tels le "Laudans invocabo meo", dansant à souhait, où le dessus d'Anne Magöuët répond avec grâce au trio de ses collègues masculins, ou encore un "In tribulatione" où Alain Buet fait montre de ses talents de conteur. En définitive, on ne peut se lamenter devant de telles Lamentations, et il ne nous reste plus qu'à attendre de pouvoir célébrer le panneau final du tryptique Jean Gilles des Passions avec un rutilant Te Deum.
Technique : captation ample et colorée pour les Lamentations, plus neutre voire un peu distante pour le motet. Lire aussi :
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Affichage recommandé : 1280 x 800 Muse Baroque, le magazine de la musique baroque tous droits réservés, 2009
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