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Dernière mise à jour 12 novembre 2011
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Genre : opéra Claudio MONTEVERDI (1567-1643) Il Ritorno d'Ulisse In Patria (1641) Dramma in musica sur un livret de Giacomo Badoaro
Ulisse – Kobie van Rensburg Penelope – Christine Rice Telemaco – Cyril Auvity Eumete – Joseph Cornwell Antinoo/Feacio – Umberto Chiummo Antinomo/Feacio – Juan Sancho Pisandro/Feacio – Xavier Sabata Eurimaco/Giove – Ed Lyon Melanto/Fortuna – Hanna Bayadi-Hirt Iro – Robert Burt Ericlea – Marina Rodriguez-Cusi L'Umana Fragilità – Terry Wey Minerva/Amore – Claire Debono Nettuno/Il Tempo – Luigi de Donato Giunone – Sonya Yoncheva
Les Arts Florissants Direction William Christie
Capté en avril 2009 au Teatro Real de Madrid.
2 DVDs, 182 min, Dynamic 2010.
“Heureux qui, comme Ulysse?”
Si bien le Ritorno d'Ulisse in Patria connait depuis sa redécouverte un engouement digne du génie du maître crémonais, il est souvent dommage de voir que l'interprétation de son message et de ses figures soit superficiel ou maladroit. Les spectacles d'art vivant sont souvent risqués par les concepts qui les habitent et une idée malheureuse peut alourdir l'œuvre la plus poétique, troubler la limpidité et la simplicité. En 2009 nous découvrions avec émerveillement dans la programmation du Teatro Real de Madrid le retour de William Christie et les Arts Florissants au Ritorno de Monteverdi. Après un Orfeo latin et chaleureux (Dynamic), le chef franco-américain entame une nouvelle collaboration madrilène avec Pier Luigi Pizzi. L'élégance éloquente et les rappels à la culture plastique du metteur en scène italien ont fait sa renommée sur la scène européenne. Dans Monteverdi, Pier Lugi Pizzi évoque les palettes des plus grands maîtres italiens contemporains de l'œuvre. Si ce Ritorno bénéficie d’un plateau de solistes remarquables, la mise en scène s’avère malheureusement décevante et ôte une partie de l’urgence dramatique de l’intrigue. Contrairement à l'Orfeo, aux couleurs chaudes, à l'évocation épurée et au discours dramatique puissant, Le Ritorno d'Ulisse perd hélas les couleurs et décline ce qui pourrait s’apparenter à des poncifs plastiques. Le livret, truffé de poésie, ne semble pas inspirer les tableaux vivants de Pier Luigi Pizzi et semblent alourdir l'orchestre et les chanteurs. Les couleurs se déclinent du blanc aux tons sombres, sans passer par un quelconque chromatisme qui ferait contrepied à l'iris monteverdien. Si dans l'Orfeo les images pouvaient porter vers la chaleur des huiles de Titien, Véronèse ou même les sombres coloris du Caravage; ici, la mise en espace est d'une sobriété funéraire, la raideur et l'économie de gestes, la violence de la lumière rappellent les gravures nordiques de Dürer ou de Cranach. Le contraste est saisissant : nous sommes dans une Méditerranée hivernale, monde froid et triste qui ne connait la joie du retour du héros homérique. Par exemple, les ébats d'Eurimaco et de Melanto, dont le livret dépeint le picaresque et la sensualité, se déroulent sur un inconfortable lit de bois ; la funeste tempête que bravent les Phéaciens n'est qu'une lente ballade dans un char noir sur le sable blanc qui couvre la scène. Les tableaux sont statiques, si bien que la musique doit se contenter de les suivre sans beaucoup d'enthousiasme. Cela est d’autant plus regrettable que, côté voix, la distribution réunit des protagonistes de haute volée, qui seraient sublimes au disque. Nous remarquons la recherche de la justesse tonale et du recitar cantando, la volonté de partage et de dialogue entre les acteurs. Incarnant un Ulisse d'âge mûr d'exception, la voix claire de Kobie van Rensburg est idéale dans le répertoire monteverdien. Nous avons trouvé, en revanche, ses gestes et son jeu un peu raide parfois, mais ses ensembles avec Eumete et ses duos avec Telemaco et Penelope sont d'une poésie et d'un lyrisme extraordinaire. Christine Rice est une Penelope tragique et humaine, nous avons découvert avec plaisir sa voix élégante et irisée. Elle campe son rôle avec un engagement dramatique rare et fait frémir dans le réalisme de son interprétation, elle rend honneur à Monteverdi et est sans conteste la meilleure voix de cette captation. Dans le rôle de Telemaco, Cyril Auvity incarne pour une deuxième fois avec William Christie, le fils zélé d'Ulysse. Avec un grain de voix plus profond mais tout aussi élégiaque, nous goûtons sa magnifique musicalité et son talent d'acteur. Campant à la fois les trois Phéaciens et le trio des Prétendants, Xavier Sabata, Juan Sancho et Umberto Chiummo, dont les voix sont de très haute qualité, nous étonnent toutefois par leur raideur, accusant un certain manque d'inventivité. Incarnant le fougueux Eurimaco et le tonnant Giove, Ed Lyon, collaborateur récurrent des Arts Florissants, manque de justesse, notamment dans l'aigu. Le ténor ne semble pas s'investir suffisamment dans ses rôles, effleurant la charge émotionnelle du texte et de la musique. En outre, le timbre se révèle par instant nasillard, n'offrant pas à la musique de Monteverdi le chromatisme et la légèreté nécessaires pour son envol. Incarnant le quatuor du Prologue Terry Wey, Claire Debono, Hanna Bayadi-Hirt et Luigi De Donato sont tout à fait saisissants dans les rôles de l'Umana Fragilità, l'Amore, la Fortuna et il Tempo respectivement. Ils sont les protagonistes du meilleur moment de la mise en scène de Pier Luigi Pizzi, où la sobriété funeste convient tout à fait au propos moral du Prologue. Les quatre chanteurs développent une force d'interprétation sensible et théâtrale qui s’émousse ensuite au long de l'opéra. À la tête des Arts Florissants dont l'interprétation est sobre et belle, William Christie conduit la partition sans risques. Nous regrettons l'énergie qui habitait sa première production d'Aix-en-Provence en 2002. La mise en scène semble avoir refroidi la fosse, malgré la passion latente mais bridée. En définitive, Le voyage d'Ulysse ne s'arrête pas sur le rives blanches de la Plaza de Oriente. Les personnages ne revivront plus comme dans la mise en scène magique et fastueuse d'Adrian Noble à Aix qui reste gravée dans nos esprits, et ce Ritorno inégal, trop sombre et sage en devient aussi froid que les monarques et reines d'Espagne qui escortent la nef grandiose du Teatro Real.
© Dynamic Technique : captation sonore nette, un peu sèche parfois pour les timbres instrumentaux. Lire aussi :
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Affichage recommandé : 1280 x 800 Muse Baroque, le magazine de la musique baroque tous droits réservés, 2003-201 1
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