Rechercher Newsletter  - Qui sommes-nous ? - Espace Presse - FAQ - Contacts - Liens -   - Bookmark and Share

 

mise à jour

6 janvier 2014

Editorial

Brèves

Numéro du mois

Agenda

Critiques CDs

Critiques concerts

Interviews

Chroniques 

Tribune

Articles & Essais

Documents

Partitions

Bibliographie

Glossaire

Quizz

 

 

 

L'Absence d'Orphée

Jean Restout, Orphée descendu aux Enfers pour demander Eurydice (1763), Musée du Louvre, Paris. D.R.

horizontal rule

 

Si l'opéra italien et italianisant s'est ouvert sur le mythe d'Orphée et l'a réutilisé plusieurs fois – il faut songer en effet à l'Euridice de Peri, l'Orfeo de Monteverdi, l'Orfeo de Luigi Rossi, l'Orfeo ed Euridice de Haydn, l'Orfeo ed Euridice de Gluck, etc. – la tragédie lyrique ne lui a pas laissé une grande place dans son répertoire. Il faut en effet attendre sa fin, avec Gluck, pour qu'un Orphée et Eurydice soit composé. Nous allons essayer de trouver quelques éléments pour expliquer cette carence…

Car la France des XVIIème et XVIIIème siècle a tout de même connu des Orphée ! Le plus important, en taille, est celui d'un des deux fils de Lully, Louis. Or, ce n'est pas une œuvre très connue, et ce n'est pourtant pas que la partition en soit perdue : l'auteur de ces lignes a pu consulter les parties séparées des voix et des dessus et basse de violon. Pour ne pas trop nous éloigner du sujet, nous parlerons de l'acte II, car c'est l'acte II qui se situe aux Enfers. Et il n'y a que trois actes : dans un univers scénique en cinq actes, c'est déjà un point perdant. Il s'ouvre sur un très long air d'Eurydice : 162 mesures, avec deux périodes instrumentales, autour de 30 mesures chacune, l'une au début, et l'autre au milieu de l'air. Suit une scène avec des airs de Pluton, des chœurs ; très peu de récitatif. Orphée ne charme pas de son chant, mais d’instrument ; un certain Ascalax qui l'accompagne se fait en revanche un devoir de chanter : 45 mesures d'air. Sans détailler tout le plan de l'acte, il se passe en airs, en chœurs et en danse. S'il y avait peu de récitatif dans l'acte IV de Proserpine, il y en a encore moins ici ; de plus, ici il n'y a que trois actes : en passer un entier en « divertissement » est du coup très périlleux.

Mais c'est symptomatique : il est tout à fait plausible que ce qui a rebuté nos meilleurs compositeurs devant Orphée, c'est le peu de matière. Bien sûr, il aurait été possible de créer des personnages autour, de développer largement, comme le fait l'Orfeo de Luigi Rossi, mais justement : la France avait vu cet Orfeo, et ce qui avait fait le plus d'effet, c'étaient les décors et la machinerie ! L'opéra baroque italien était en effet tout plein d'excès que la France s'était hâtée de condamner : plus de retenue. Et de fait, si elle s'est permise une grande liberté d'emploi du merveilleux, des chœurs et des danses, de la machinerie, c'était uniquement dans le cadre très défini du divertissement : pas de pyrotechnie ni vocale, ni surtout dans l'action – car les opéras baroques italiens sont pleins de rebondissements, de personnages plus ou moins superflus[1], etc.

Orphée, c'est un sujet italien, avec tout le péjoratif que cela implique au XVIIème siècle – et cela ne s'arrangera pas au XVIIIème, puisqu'il sera marqué de querelles incessantes entre les partisans de la musique française et ceux de la musique italienne ! D'ailleurs, l'un des Orphée français est de Campra : il s'agit d'un divertissement inséré dans l'acte III du Carnaval de Venise ; il est intitulé « opéra » et est en italien. Il faut tout de même noté que c'est un curieux mélange, puisque l'Orphée de ce petit opéra dans l'opéra est… haute-contre, la voix française par excellence ! Néanmoins, toutes les caractéristiques du style italien sont là, à commencer par les vocalises.

Et il y avait déjà un divertissement sur le thème d'Orphée dans le Ballet des muses de Lully, où l'une des entrées montrait Orphée – Lully jouant du violon, point de voix – charmant une nymphe de ses sons harmonieux – et la nymphe, elle, chantait. Une entrée au milieu d'autres. Le mythe d'Orphée n'a donc vraisemblablement pas paru assez riche pour en faire une tragédie entière. Et puis il était trop italianisé...

L.C.

 

Retour au sommaire du dossier 

horizontal rule

[1] Dans l'Orfeo de Rossi, on en compte une vingtaine ; l'Orphée et Eurydice de Gluck en compte trois.

 

 

 

Affichage recommandé : 1280 x 800

Muse Baroque, le magazine de la musique baroque

tous droits réservés, 2003-2014