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6 janvier 2014

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Chronique Concert

Gluck, L'Ivrogne corrigé,

BarockOpera Amsterdam, dir. Frédérique Chauvet, mise en scène : Alain Pattiès

© Jean-Charles Pasquier

Christoph Willibald von GLUCK (1714-1787)

 

L'ivrogne corrigé, ou le mariage du diable (1759)

Opéra comique en deux actes, sur un livret de Louis Anseaume.

 

Solistes :

Edwige Bourdy (Mathurine), Estelle Bereau (Colette), Artavazd Sargsyan (Mathurin), Paul-Alexandre Dubois (Lucas), Guillaume Andrieux (Cléon)

 

Mise en scène : Alain Pattiès

Costumes : Gabrielle Thomelin

Scénographie : Laure Satgé

Lumières : Antoine Planchais

Chef de chant : Clotilde Verwaerde

Arrangement des vaudevilles : Emmanuel Savoy

Direction musicale : Frédérique Chauvet

Musiciens du BarockOpera Amsterdam

 

Co-production Péniche Opéra, ville de Fontainebleau, ARMA, BarockOpera Amsterdam et Opera Zuid de Maastricht

 

Représentation du 11 mars 2011 à la Péniche Opéra

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Un Ivrogne revu et (bien) corrigé !

Point n'est besoin d'être une grande salle pour offrir un spectacle baroque de qualité, comme le montre en ce moment la Péniche-Opéra  avec son Ivrogne corrigé du chevalier Glück. Improbable esquif aménagé pour le spectacle (une gageure !), amarrée quai de Loire dans le XIXème arrondissement, la Péniche offrait une salle aménagée tout en longueur, où les spectateurs semblent faire partie du spectacle, tant les sièges côtoient la scène ! Dans cette atmosphère intime, un clavecin (entre les mains de Clotilde Verwaerde) placé à l'entrée, des pupitres pour une flûte traversière (Frédérique Chauvet) et un basson (Alexandre Salles) campent l'atmosphère musicale : l'interprétation révélera la richesse de leurs sonorités baroques. Une brève annonce avant le spectacle : Gersende Florens, qui devait interpréter le rôle de Mathurine, est souffrante en cette fin d'hiver ; elle sera remplacée par Edwige Bourdy.

© Jean-Charles Pasquier

Le spectateur plonge alors dans l'action : deux solides gaillards (Mathurin et Lucas) en habit de bourgeois du XIXème s'abreuvent copieusement de canettes métalliques très contemporaines (dont on nous interdit ici rigoureusement de citer la marque !), tirées d'une glacière. L'on comprend rapidement que Mathurin veut faire entrer son compagnon de beuverie dans sa propre famille, en lui donnant en mariage sa nièce : scénario classique ! L'épouse surgit alors, armée d'un plumeau, pour lancer un trio endiablé. Puis surgit Colette, dans une tenue très contemporaine, maniant les airs de rap (mais oui !) et les slogans de manifestation...Après les scènes de dispute, le jeune Cléon vient chanter son amour à Colette, distraite en ce moment crucial par...un appel de portable ! Afin de faire triompher leur amour, les jeunes gens vont avoir recours à un subterfuge, avec la complicité de Mathurine. Profitant de l'ivresse de Mathurin, ils vont lui faire croire qu'il est mort et arrivé en enfer, où il doit être jugé. Les trois complices, grimés en diable et furies, lui font subir diverses humiliations en compagnie de Lucas, et lui arrachent son accord pour marier Colette...à Cléon, en échange de son propre salut ! A peine le contrat signé, ils arracheront leurs accoutrements, laissant Mathurin à son repentir, et Lucas poursuivre ses occupations de vigneron. Rideau sur un final jubilatoire !

Le grand mérite de Frédérique Chauvet et d'Alain Patiès est d'avoir sauvé de l'oubli ce vaudeville musical de l'ère baroque, dont la partition était entrecoupée de dialogues savoureux, et de chansons chères aux contemporains. Dans cette adaptation réussie, les airs de variétés françaises (Edith Piaf...) ou internationales, voire de jazz ou de rap, ont remplacé avec bonheur les chansons de l'époque, tandis que l'exécution sensible de la musique sur de véritables instruments baroques restitue fidèlement l'atmosphère originelle. On peut aussi relever la parodie musicale à peine voilée des scènes d'Enfer des opéras de l'époque, avec une musique aux réminiscences d'Eurydice et d'Alceste... Tandis que les interprètes au physique un peu enveloppé, façon Botéro, incarnent une ambiance jubilatoire de vaudeville, où tout n'est qu'apparence et superficialité au service de la vis comica.

© Julien Schwartz

Leurs qualités vocales ne sont pas en reste. Côté féminin, Edwige Bourdy possède une bonne diction (même lorsqu'elle déguste les Chamallows de sa nièce !) et un timbre légèrement cuivré qui sied bien à son rôle d'épouse mûre, lasse de son époux intempérant mais prête à comploter pour satisfaire les amours (et la réussite sociale...) de Colette. Performance d'autant plus remarquable qu'il s'agissait, répétons-le, d'un remplacement de dernière minute. Dans le rôle de Colette, Estelle Béreau campe une jeune fille rouée et gourmande de plaisirs, mais également calculatrice. Sa voix claire et assurée est à l'aise dans le chant comme dans les dialogues.

Les rôles masculins reposent sur de solides épaules. Tout d'abord soulignons la voix de ténor chaude et claire d'Artavad Sargsyan, à la déclamation un peu tonitruante pour cet espace réduit et au jeu appuyé (en particulier dans les scènes d'ivresse). Paul-Alexandre Dubois (Lucas) possède lui aussi un jeu très convaincant, vigneron ivrogne rabelaisien en diable à la voix ample de stentor. Enfin Guillaume Andrieux (Cléon) mène la cabale avec le détachement de celui qui est certain de sa victoire, montrant sa sensibilité lors de sa déclaration d'amour mais pas jusqu'à se laisser totalement duper par la calculatrice Colette, dont il semble avoir deviné la véritable ambition.

Aux antipodes de la mythologie traditionnelle, à mille lieues des perruques poudrées et des Deus ex machina du répertoire traditionnel, laissez-vous enivrer par cet Ivrogne : à consommer sans modération ! 

Bruno Maury

 

Le site officiel de La Péniche Opéra : www.penicheopera.com

 

Le 5 mars 2011 à 20h30 au théâtre de Fontainebleau
Les 11, 12 et 13 mars, 18, 19 et 20 mars, 24, 25, 26, 27 mars 2011 à 20h30 le dimanche à 16h à bord de la Péniche Opéra
Du 8 juillet au 15 août en tournée en Bretagne

 

 

 

Affichage recommandé : 1280 x 800

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