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20 janvier 2014

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Genre : musique de chambre

Elisabeth JACQUET DE LA GUERRE (1665-1729)

 

Sonates pour violon, viole obligée et basse-continue

 

Suonata 1ma en la mineur, 2da en la mineur (ms. Vm7-1111 Paris BnF)

Suonata I en ré mineur, III en fa majeur, IV en sol majeur (1707)

Jacques Morel : Pièces de viole (Prélude, Le Folet)

François Couperin : Les Sylvains (transcription pour théorbe par Robert de Visée, ms. Vaudry de Saizenay)

 

La Rêveuse :

Stéphan Dudermel, violon

Florence Bolton, basse de viole

Bertrand Cuiller, clavecin et orgue

Emmanuel Mandrin, orgue

Benjamin Perrot, théorbe, guitare baroque et direction

 

66'23, Mirare, 2010.

 

 

"Le rêve est la preuve qu'imaginer, rêver ce qui n'a pas été, est l'un des plus profonds besoins de l'homme." (Milan Kundera, L'insoutenable légèreté de l'être)

Les femmes-compositeurs, les compositrices — choisissez ce qui vous plaît le mieux — ont depuis longtemps la cote auprès des artistes et du public, d’Isabella Leonarda (1620-1704) à Clara Wieck, épouse Schumann (1819-1896), en passant par Antonia Bembo (1643-1715) et Fanny Mendelssohn (1805-1847). Deux d’entres elles, cependant, méritent, peut-être, qu’on s’y intéressent davantage, parce que leur seule qualité n’est pas d’avoir été femme et de composer, mais plutôt de composer en étant femmes : Barbara Strozzi (1619-1677) et Élisabeth Jacquet de La Guerre (1665-1726) ; si la première est assez bien servie au disque, et par des ensemble de renom tels La Venexiana ou la Capella Mediterranea, la seconde semble avoir moins attiré les interprètes. Certes, on trouve encore tel disque d’Isabelle Desrochers et de l’ensemble Les Voix humaines (Alpha) regroupant deux cantates, quelques pièces de clavecin et une sonate pour violon et basse continue, ou, peut-être moins facilement l’unique tragédie en musique de La Guerre, Céphale et Procris (Integral distribution), ou encore plus récemment Le Passage de la Mer Rouge par l'ensemble Le Tendre Amour (K617), mais la majeure partie de l’œuvre reste à découvrir — et le programme proposé par La Rêveuse participe pleinement de cette découverte.

L’ensemble au nom maraisien a choisi deux sonates inédites d’un manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale, et trois du recueil publié en 1707 ; toutes ces Sonate ou Suonate (car le titre figure, symptômatiquement, toujours en italien ; Couperin aurait voulu qu’on die Sonade) allient au violon et à la basse continue la viole « obligée », qui tient une partie à part (bien qu’elle se mêle parfois au continuo) ; mélange des goûts français et italien, où les mouvements vifs remplis, on voudrait dire « de vocalises » côtoient gavotte et sarabande, enchaînement rapide de climats divers, passant avec aisance d’une humeur à l’autre, voilà ce que sont ces sonates. La Rêveuse s’acquitte avec brio de la tâche qui lui échoit de les faire revivre.

C’est avant tout une qualité de son, une plénitude, qui emporte l’auditeur dès les premiers accords, et ce en particulier grâce à un continuo varié sans excès, discrets sans être absent, toujours secondant les voix principales.

Le plus exposé est, au violon, Stephan Dudermel, dont le phrasé ample et donne aux phrases même les plus simples un souffle et une tenue. Certes, on regrettera parfois le manque de netteté de certains ornements, et dans l’ensemble la discrétion de l’ornementation.

La viole de Florence Bolton reste souvent un peu en retrait, mais fort heureusement de fort belles phrases lui sont confiées (par exemple l’adagio central de la Sonate en mineur) ; par ailleurs, elle nous offre deux pièces de Jacques Morel, violiste peu connu, élève de Marais qui ne publia guère qu’un livre de pièces de viole, mais qui gagnerait à être plus souvent entendu. On retrouve toujours sous son archet une grande simplicité, un son franc, peut-être même un peu trop sec parfois, et un jeu sans affectation.

Dans l’ensemble, voici un programme grave sans pesanteur, volubile sans être bavard, parfois distant, mais toujours expressif, dramatique dans la sarabande de la sonate 2 en la mineur, léger immédiatement après, triste, tendre et retenu dans le Grave initial de la sonate en mineur, d’une tendresse plus joyeuse dans la section médiane de l’aria de la même sonate. Un disque hautement recommandable à quiconque prétend apprécier les goûts réunis.

Loïc Chahine

Technique : captation de son ample et généreuse, avec des timbres agréablement rendus.

 

 

Affichage minimum recommandé : 1280 x 800

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