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Caprices…de trublions (A due Cembali, Aline Zylberajch & Martin Gester – K617)

Museor
9 octobre, 2014

A due cembali

Caprices…

Mozart, Soler, Vivaldi, Telemann, Haydn, Planyavsky

 

a_due_cembali_capricesAline Zylberajch & Martin Gester :
Clavecin d’après Johann Daniel Dulcken (1745), Matthias Griewisch
Clavecin d’après Johann Heinrich Gräbner (Dresden), Denzil Wraight
Orgue positif, Quentin Blumenroeder

Enregistrement en l’Eglise Abbatiale de Walbourg (Bas-Rhin)

65’45 – K617

Il est de ces artistes qui s’essaient avec complaisance à une originalité exarcerbée dans les projets qu’ils proposent et dans ce domaine, Aline Zylberajch et Martin Gester, clavecinistes et trublions chevronnés de profession n’en sont pas à leur coup d’essai. Une fois de plus, cela semble être le but avoué de cet enregistrement tant il est rare et décalé à la fois par son programme (compositeurs méconnus, pièces contemporaines,…) que par son instrumentation. Pari risqué…mais force est de constater qu’il est plus que réussi ! Et ce n’est pas peu de choses… 

Mais qu’à cela ne tienne ! Nos deux interprètes s’offrent même le luxe de commencer leur programme par deux œuvres méconnues de deux compositeurs du même métal : le 6ème Concerto « para dos organos » du Padre Antonio Soler, connu tout particulièrement (et presque exclusivement) pour son injouable et interminable Fandango, puis la Sonate en Do, Opus 6 (initialement pour clavecin avec accompagnement de violon) de Johann Schobert, que personne sur ce bas-monde ne peut nier avoir un beau jour confondu avec son illustrissime quasi-homonyme. Malgré le relatif à-priori avec lequel on peut raisonnablement se lancer dans l’écoute de ces deux œuvres, on ne peut au final que se rendre à l’évidence : malgré un léger problème de coordination d’ensemble dans la première œuvre, on ne s’ennuie pas une seconde.

La sonorité peut s’y trouver tantôt ample, majestueuse, puissante…tantôt intime, chantante, timide…l’expressivité même de la part d’instruments réputés inexpressifs par essence.

Là dessus, il n’est aucun besoin de commenter la suite du programme, on ne pourrait être que redondant. On se doit nonobstant de faire mention de la présence de quatre pièces contemporaines du compositeur autrichien Peter Planyavsky  (1947- ). Partie majeure du programme, hommage et pourtant pied de nez aux œuvres des maitres anciens. Contemporain…le mot seul pourrait suffire à faire frémir les plus puristes d’entre nous. Et pourtant, il faut admettre que ces pièces s’écoutent d’elles-même : dodécaphonisme, certes mais dans le plus grand respect des formes et des structures anciennes, écritures très clavecinistiques, caractères et formes clairement définies…ces quatres petits chefs-d’œuvre qualifiables, certes, du gros mot « contemporain » sont cependant bien vite vectrices d’un vrai plaisir d’écoute.

Un programme hors du commun, inattendu, fou… et ça n’en est que plus agréable, enrichissant. L’enregistrement que nous présentent Aline Zylberajch et Martin Gester est l’illustration même de la théorie du philosophe grec Démocrite qui écrivait « On ne peut être poète sans quelque folie ».

François d’Irançy