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A fond…

Muse5
31 décembre, 2010

Jean-Sébastien Bach (1685-1750)

« Aus der Tiefe »
 

« Aus der Tiefe rufe ich » BWV 131
« Ich habe genug » BWV 82
Thomas Selle : « Aus der Tiefe »
Christoph Bernhardt : « Aus der Tiefe »
Johann Philipp Förtch : « Aus der Tiefe »
Christoph Graupner : « Aus der Tiefe ruffen wir »

Greta de Reyghere (soprano)
James Bowman (contre-ténor)
Guy de Mey (ténor)
Max van Egmond (basse)

Ricercar Consort 

78,18, Ricercar, enr. 1989 (BWV 82), 1991, reed. Catalogue 2010 (texte des livrets en allemand).

Les catalogues sont souvent des mets de choix, reflets choisi du savoir-faire du chef invitant à parcourir les autres plats de la carte. Cette compilation « Aus der Tiefe » ne déroge heureusement pas à la règle et vient nous replonger dans les heureux méandres de la nostalgie musicale. Comme l’écrit Jérôme Lejeune, ces enregistrements se distinguent par leur usage alors novateur, et toujours controversé, de confier chaque partie à une seule voix soliste. Sans s’appesantir sur les termes du débats, tant musicologiques qu’artistiques (voir notre article sur la pratique du « One voice per part » OVPP et les interrogations qu’elle soulève), on se replongera avec plaisir dans ses interprétations d’une élégante transparence, d’une lumineuse intériorité, d’une fluidité et d’un naturel qui rendent la polyphonie évidente, en soulignent les contours avec force mais sans excès, à la manière d’un rayon illuminant un vitrail bourguignon. Près de 20 ans se sont écoulés depuis ses enregistrements du Ricercar Consort qui n’ont pas pris une ride si ce n’est celle du sourire…

Le « Aus der Tiefe rufe ich zu dir » de Bach représente l’une des plus anciennes cantates de Bach (ce qui rend d’ailleurs l’OVPP beaucoup plus défendable) et l’on goûte la fusion des timbres des quatre solistes d’exception dès la section lente de son vaste chœur introductif. Car tel est le secret de l’utilisation de quatre solistes pour les passages choraux qui apporte une clarté et une lisibilité exemplaires au détriment d’effets de masse. On admire la profondeur chaleureuse et la stabilité de Max van Egmond, au chant digne et posé, la sérénité racée de Guy de Mey, déclamatoire et précis, l’éther de Bowman et le lyrisme innocent de Greta de Reyghere. Certes, la section fuguée « Herr, höre meine Stimme » pourrait être plus franche et vigoureuse, mais l’humilité simple des deux chorals comme l’élan gracieux du chœur final « Israel hoffe auf den Herrn » à la dynamique complexe et aux chromatismes rêveurs frappent l’auditeur par leur cohérence et leur force tranquille. L’orchestre quant à lui fait valoir une grande netteté, et un son aéré avec une particulière attention apportée à la couleur des violes et violoncelles comme des bois.

La transition est ainsi toute trouvée avec la BWV 82, où Marc Ponseele choisit la justesse et la retenue pour sa partie qu’il anime d’un souffle généreux, très legato, face à un Guy de Mey sensible et désolé, qui s’attarde sur les mots avec un sens du discours et du théâtre remarquable, pour un chant tendre et infiniment nuancé (passage « ich habe ihn erblickt »), sauf dans les mélismes un peu forcés. La berceuse du « Schlummert ein », abordé sur un tempo relativement allant, fait valoir cette même atmosphère de recueillement très doux, cette continuité lénifiante et assurée qui ne se dissipe que dans le « Ich freue mich auf meinem Gott » plus franc dans sa jubilation, sans atteindre l’excitation légère d’un Ton Koopman.

A côté de Bach, on trouvera également quelques œuvres très intéressantes de ses contemporains autour du même psaume 129 de l’ « Aus der Tiefe », parmi lesquelles se détache notamment la pièce douloureuse de Bernhardt, élève de Schütz, où la sensibilité fragile de Greta de Reyghere fait merveille.

Voilà donc la réédition d’un bien bel enregistrement au climat incroyablement doux et transparent, qui apparaîtra toutefois un peu trop rond pour certaines oreilles à la recherche de plus d’extériorité et de contrastes. Et évitez de feuilleter le catalogue Ricercar si vous ne voulez pas que vos finances plongent dans l’abîme !

Sébastien Holzbauer

Technique : enregistrement naturel et précis