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A quand le passage sur instruments baroques ?

Muse5
31 décembre, 2010

Jan Dismas ZELENKA (1679-1745)

Sonates en trio ZWV 181

Pasticcio Barocco : David Walter (hautbois), Hélène Gueuret (hautbois), Fany Maselli (basson), Esther Brayer (contrebasse), Rémi Cassaigne (théorbe), Mathieu Depouy (clavecin)

50’08, Hérissons Prod., 2010.

Voici le retour de Pasticcio Barocco pour ce cinquième opus du label Hérissons, dédié à l’un des sommet de la musique pour hautbois et basson, avec ces sonates en trio de Zelenka d’une virtuosité et d’une inventivité admirables. L’ensemble signe ici assez clairement l’un de ses meilleurs enregistrements, tant par l’attention au phrasé que par l’équilibre des voix et la lisibilité du contrepoint. La Sonate n°6, conjuguant dans son Andante une liberté sinueuse et une immédiatement mélodique charmeuse, donne le ton d’une lecture dynamique et souriante, d’une grande aisance en dépit des double-croches. On admire la fusion des timbres, le naturel des ornements, la pulsation interne qui conduit chaque phrase à la manière d’une démonstration de sa naissance à sa conclusion après des détours qui surprennent. L’Adagio de la Sonate n°5, ses chromatismes tendus, et sa contrebasse sourde en contrebas, sait établir un climat d’une profondeur inquiétante, tandis que les rythmes inégaux et joyeux de l’Allegro introduisent de savants jeux de décalages. De même, le noble Andante de la Sonate n°4 est pourvu d’un temps qui suspend son vol et se dénoue presque abruptement, où l’on retrouve la qualité très hypnotique de la musique de Zelenka. Au sein de l’ensemble, on distinguera en particulier David Walter et Hélène Gueuret qui font preuve d’une ductilité éloquente, d’une nonchalance ronde qu’accompagne l’indispensable basson de Fanny Maselli. On regrettera simplement que le théorbe de Rémi Cassaigne soit trop en retrait.

Subsiste une question essentielle : pourquoi diantre les artistes de Pasticcio n’usent-ils pas d’instruments d’époque, alors que leur interprétation est visiblement imprégnée des travaux musicologiques sur ce langage particulier, ses accents, sa rhétorique ? Pourquoi mêler clavecin et théorbe à des confrères modernes, pourvu de clefs, au risque – évité avec brio – de dénaturer l’équilibre entre les parties, d’introduire des timbres incompatibles ? Serait-ce là un défi que de prouver que l’on peut « sonner baroque » avec des instruments modernes ? Une simple question d’économie, mais là-encore l’auditeur n’a pas l’outrecuidance de réclamer un hautbois de chez Hotteterre ? Quoiqu’il en soit, nous avouons notre incompréhension, qui, presque dogmatiquement, nous empêche d’attribuer une Muse d’Or à un disque qui la mériterait pourtant presque. Rigidité de principe où la forme prime le fond ? Où l’instrumentarium prime le discours ? Pour nous les deux sont indissociables, et l’on n’assiège pas un château médiéval avec des bombardiers. Nous assumerons donc cette coquetterie obsessionnelle de la traque aux piques de violoncelle, cordes en aluminium et autres pistons ou clefs, tout en vous déconseillant pas cette incursion zelenkienne, talentueuse et impliquée.

Amandine Blanchet

Technique : enregistrement clair et précis, bien équilibré.