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Ach, wunderschön !

Muse5
31 décembre, 2008

The Trio Sonata in 17th century Germany

(La Sonate en trio dans l’Allemagne du XVIIème siècle)

Oeuvres de Johann VIERDANCK, Nicolaus a KEMPIS, Johann SCHMELZER, Dietrich BECKER, Johann ROSENMULLER, Matthias WECKMANN, Carolus HACQUART, Dietrich BUXTEHUDE, Johann Kaspar KERLL, Heinrich Ignaz Franz von BIBER.

London Baroque : Ingrid Seifert & Richard Gwilt (violons), Charles Medlam (basse de viole), Terence Charlston (clavecin et orgue positif). 

73’06, Bis, 2008.

La modestie de Charles Medlam – qui ne fait pas même figurer son nom sur la jaquette du disque – n’empêchera pas qu’on lui attribue la paternité de ce programme audacieux, et a priori peu évocateur pour le mélomane moyen. Si l’on enlève Biber, Schmelzer, Rosenmuller et Buxtehude, force est de constater que les compositeurs auxquels le gambiste s’intéresse semblent de parfaits inconnus. S’attardant sur la Basse Allemagne et l’Autriche d’après la Guerre de Trente Ans, le London Baroque est parvenu à recréer des sonorités et un style très « germaniques ». Que ceux qui portent aux nues le moelleux contrepoint corellien quittent donc immédiatement ces contrées hostiles et venteuses, où règnent le coup d’archet dynamique et imposant, les arabesques virtuoses sur basse obstinée (superbe Sonate n°26 de Becker), l’allant simple et un peu brutal de la mélodie populaire. Certes, le modèle est italianisant, mais que de différences avec la poésie sensuelle de la péninsule !

Car nos musiciens britanniques ont parfaitement adapté leur jeu à cette musique d’une beauté mâle et rude, retrouvant les réflexes bondissants et les coups d’archets acérés d’un Harnoncourt des années 70 ou d’un Gunar Letzbor (Ars Antiqua Austria). Les cordes, très grainées, sont très fortement mises en valeur, dessinant la mélodie avec complexité et vigueur sur une basse continue qui scande de manière doctorale et détachée l’écoulement de la mesure, structurant les passages d’arpèges fleuris tels l’Adagio de Rosenmuller. Le dialogue entre les parties se fait tantôt conversation austère chez Kerll, tantôt duel moucheté (Schmelzer). Les accélérations soudaines de tempo créent la variété et la surprise, et conviennent parfaitement à l’aspect formellement très libre de ces compositions remontant à une époque où les 3 ou 4 mouvements de la sonate en trio n’étaient pas encore fixés.

De manière étonnante, au-delà de la difficulté technique des parties de violons, et de l’apparente exubérance de l’ensemble, il se dégage une impression de détachement analytique, de distance critique, difficile à expliquer. Ecoutez cette Partita n°6 de Biber, d’une clarté didactique confondante, où les départs d’une précision millimétrée laissent affleurer l’autosuffisance satisfaite du maître conscient de sa valeur, où les violons choisissent cette fois de jouer de manière très liée. Peut-être est-ce dû à l’orchestre solidement structuré, bien ancré dans ses graves profonds et résonnants. D’un côté, les deux violons, spectaculaires de vitalité. De l’autre, une masse compacte, digne, un rien pontifiante.

Voilà donc un enregistrement de grande qualité, un rien sérieux et professoral, dont on regrettera juste la « main un peu lourde » de lansquenet qui rend la Sonate n°6 d’Hacquart particulièrement pesante, en raison d’une mélodie brisée, progressant par saccades.

Amandine Blanchet

Technique : Bon enregistrement, très transparent mais un peu sec.