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Recette de l’agitation politico-philosophique sous les Lumières

13 février, 2005

Etude de cas : La Querelle des Bouffons

 

serva_padrona 

 

Récipient : Un pays en pleine ébullition intellectuelle

Ingrédients :

  • Une Reine (Marie Lescynska) délaissée par son époux
  • Un Roi qui s’entiche de sa gracieuse favorite
  • La favorite (Madame de Pompadour) qui a du goût
  • Un Italien, compositeur de préférence, Pergi… Pergo… Pergolesi, par exemple.
  • Un philosophe de mauvaise fois, compositeur de pacotille qui ferait mieux de se remplir le verre de vin de village (J.J.R.)
  • Un grand compositeur (J.P.R.), à ne pas confondre avec le précédent (qui n’aurait jamais pu écrire Hippolyte et Aricie ou Dardanus)
  • Des encyclopédistes plus ou moins neutres (Diderot et Cie)
  • Un public qui en redemande 

Formule :

  • Prendre un petit intermezzo, destiné à être joué entre les actes d’un opera seria, un vrai… 
  • Le jouer en France une première fois (1746), c’est un échec.
  • Réessayer encore six ans plus tard en cristallisant autour de jolis airs superficiels des lignes de fractures philosophiques et politiques.
  • Attendre que se forment des grumeaux : le coin du Roi (et de la Pompadour) défendant la tragédie lyrique héritée du modèle lullyste, et le coin de la Reine favorable aux Italiens.
  • Faire monter la température en publiant une Lettre sur la Musique Française où Rousseau montre son manque d’oreille et d’éducation musicale en stigmatisant Lully et Cie.
  • Garder son calme malgré le déchaînement de pamphlet : musique française étant assimilée à art gouvernemental et musique italienne à liberté de création.
  • Oublier totalement le fondement musical de la querelle pour polémiquer sur la politique de Louis XV.
  • Éteindre le grille pain par un édit royal de 1754 interdisant les représentations de cette Servante trop espiègle.
  • Appeler Rameau pour clouer le bec à J.J.R. grâce à ses Erreurs sur la musique dans l’Encyclopédie (1755)

En réalité, cette querelle musicale fut avant tout un prétexte à l’agitation libertaire qui régnait et les attaques contre la politique gouvernementale, bien que les grands philosophes du temps (mis à part Rousseau) se tinrent plutôt à l ‘écart. Un débat plus vaste sur la monarchie absolue et la place des libertés dans un tel système de gouvernement, le sens de la nation ou l’intérêt général se para de cette cuirasse musicale anodine qu’un Lecerf de la Vieville et d’autres avaient déjà exploré plus pertinemment. Enfin, la question était dès le départ faussée, la tragédie lyrique avait comme rivale l’opera seria et non de petits intermèdes comiques, dignes seulement d’être comparés à l’aune des Don Quichotte chez la Duchesse de Boismortier ou des Amours de Ragonde de Mouret.

Si vous désirez ardamment qu’un monstre marin dévore un promeneur solitaire qui se confesse, chantez tous en choeur sur l’air d’au clair de la lune les couplets satyriques suivants.