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Ah, la délicieuse saveur des compotes maison…

Musemois
5 septembre, 2008

Manuscrit Susanne van Soldt

Danses, chansons & psaumes des Flandres, 1599

Les Witches : Odile Edouard (violon),  Claire Michon (flûtes et tambours), Sylvie Mocquet (basse de viole, Pascale Boquet (luth, guiterne), Freddy Eichelberger (orgue, cistre et muselardon).

Guest Witches : Mickaël Cozien (cornemuse), Françoise Rivalland (rommelpot, percussions), Sébastien Wonner, (Muselaar, orgue)

66’10, Alpha, coll. Les Chants de la Terre. 2008.

Extrait : Almande Brun Smeedelyn

On avait découvert il y a quelques mois de cela le confort tendre de l’interprétation au virginal des pièces extraites du Manuscrit Susanne van Soldt. Pour mémoire, ce recueil comporte 33 arrangements de chansons profanes, de danses et de psaumes qui constituent l’une des sources les plus précieuses de la musique quotidienne néerlandaise de cette époque. A l’inverse de la lecture vermeerienne et bourgeoise de Guy Penson (Ricercar), Les Witches célèbrent la joie brouillonne d’une taverne de village peuplée de personnages dignes de Brughel l’Ancien. Ils clament haut et fort leur verdeur et lancent le défi de rendre « audible la musique des tableaux flamands du début du XVIIème siècle en faisant appel à un instrumentarium riche en sonorités épicées ». Le pari est osé, et le voilà tenu. Et la maison Alpha ne s’y est pas trompée, elle qui a fait paraître ce disque opulent et rustique dans la collection « Les chants de la terre » (plus proche de la musique populaire et du monde) et non dans l’aristocratique « Ut pictura musica ».

Vitalité. Sourire. Mouvement. Lumière. Voilà en vrac les mots qui viennent aux lèvres pour décrire ces interprétations franches et belles dans leur naturel décomplexé. Plus qu’un accompagnement pictural, les Witches recréent un monde quotidien dans ses moindres détails, immergeant l’auditeur dans la lumière dorée des Flandres, peuplant les croches de leurs notes de paysannes en tablier et de notables tout de noir vêtus. Le programme déborde d’une vie truculente et joviale, brassant à la manière d’un géologue toutes les strates et les aspects de la société, n’hésitant pas à nous bringuebaler entre petites pièces de virginal graciles, entraînantes danses de village. Parmi cette brassée de morceaux, on distinguera une « XXXI (sans titre) » à la pulsation ample et chaloupée où percussions et cordes scandent le motif jusqu’à l’entêtement avant d’être rejoints par le virginal ; le clavier sautillant et enfantin de « La Nonette » (chanson aussi connue sous nos cieux sous le nom d’ « Une jeune fillette ») ; la pompe un peu lourde de la longue mélodie « Ghij Herder Isarael Wylt Hooren, den 80 sallem » et sa cornemuse pittoresque sur laquelle on grefferait bien une procession municipale ; sans oublier « Heer ich will V Wt’s Herton gront, den 9 sallem » joué à la pure flûte de Claire Michon au souffle de laquelle on reste accroché.

Tout au long du programme, les sonorités sont extrêmement colorées, Les Witches n’hésitant pas – à l’instar de la  gastronomie de luxe – à faire appel aux ingrédients les plus exotiques : tambours à cordes, cistre, virginal pour enfant, rommelpot (« gouleyante et râpeuse percussion » (sic)… Les mélanges sont savoureux, très fortement rythmés : les danses sont parfaitement fonctionnelles et l’on se prend à tourner en rond avant d’être rappelé à l’ordre par un psaume judicieusement intercalé à la plage suivante. Enfin, on admirera l’art consommé des diminutions et des ornements improvisés dont font preuve les musiciens pendant les sessions d’enregistrement, et qui ne participent pas peu à cette fête multicolore et changeante.

Viet-Linh Nguyen

Technique : prise de son directe et large