Close

Tendres facéties vénitiennes

Muse5
31 décembre, 2009

Tomaso ALBINONI (1671-1751)

Sinfonia a Cinque, op. 2

 

Sonata n.1 en sol Majeur
Sonata n.2 en do Majeur
Sonata n.3 en la Majeur
Sonata n.4 en do mineur
Sonata n.5 en si bémol Majeur
Sonata n.6 en sol mineur

Ensemble 415, direction Chiara Banchini

54’13, Zig-Zag Territoires, 2009

Extrait de Sonata II : Largo

Comme il est loin le pesant « Adagio » en sol mineur qui vous écrase de la fatalité du monde et dont la simple audition des premières notes ne peut que vous arracher un profond soupir auquel s’ajoutent parfois quelques sanglots ! C’est pourtant lui qui nous vient à l’oreille aussitôt que l’on entend le nom d’Albinoni, qui n’a lui-même pas eu de son vivant l’opportunité d’entendre ce morceau, puisque (re)composé deux siècles après sa mort à partir d’un fragment de basse chiffrée. Mais que recèle donc la littérature de ce compositeur méconnu ? Le livret nous renseigne en précisant qu’il écrivit plus de cinquante opéras, dix recueils imprimés, une cascade de sonates, concerti, baletti, cantates et autres pièces sacrées qui passent aujourd’hui totalement inaperçus. L’on découvre au sein de cette pochette où figure une vue de Venise dans les tons gris-roses des Sonates qui témoignent davantage du faste passé de la Sérénissime et d’une grande fraicheur de vivre que de la marche d’un cortège funèbre. Laissons donc de côté nos a priori sur le compositeur et plongeons nous avec délice dans l’interprétation délicate et sensuelle que nous offre l’Ensemble 415.

Dès le Largo de la Sonate en do Majeur – qui ouvre le disque – l’atmosphère se fait limpide et apaisante ; le son perlé et continu du théorbe d’Evangelina Mascardi nous projette au creux d’une gondole glissant sur la lagune par un beau matin de printemps, alors que le soleil hésite encore à offrir toute sa chaleur, comme par timidité. Il prend le temps de déployer chacun de ses rayons pleinement, petit à petit, après le long sommeil hivernal ; ainsi font les musiciens qui dessinent chaque note avec une infime délicatesse, sans rien brusquer, laissant les timbres se mêler intimement, les dissonances s’épanouir. L’on sent le murmure du soleil, le clapotis des vaguelettes.

Cette délicieuse sensation de voyage intemporel ressortira au cours de chaque mouvement lent des Sonates – notamment dans le Largo de la cinquième où les arpèges du théorbe rythment les respirations d’un cœur paisible -  mais avec des changements de couleurs et des nuances toujours plus travaillées en profondeur. Alternent avec ceux-ci des Allegros la plupart du temps fugués, et là encore, l’Ensemble 415 privilégie la beauté de la sonorité à l’illustration de sentiments bruts et exacerbés comme on en trouve dans les Concerti de Vivaldi ; tout se fait ici dans la subtilité de l’expression, la pureté du langage. Ainsi dans le dernier mouvement de la sonate en sol mineur, l’atmosphère se fait plus inquiète et pressante sur ce rythme de gigue; un continuo puissant et très homogène souligne avec allégresse les légers accents des violons d’Eva Borhi et de Chiara Banchini,  en renforce les effets. Ces-dernières restent malgré tout nostalgiques des escapades en gondole et pourraient faire preuve de plus d’audace. L’enregistrement s’achève par une fugue espiègle et enjouée où les musiciens s’en donnent à cœur joie, faisant ronfler leurs cordes avec un entrain plein d’espérance. Ce dernier mouvement de la Sonate en la Majeur dissocie définitivement dans notre esprit le compositeur vénitien – dont les œuvres sont si pures et lumineuses – de l’ « Adagio » morbide qui lui collait malheureusement à la peau. A découvrir.

Isaure d’Audeville

Technique : prise de son large et aérée avec un bon équilibre des voix.

  1. One Response to “Tendres facéties vénitiennes”

  2. […] l’intégrale des concertos opus IX d’Hogwood (Decca) aux complexes sonates de l’Opus II par Chiara Bianchini (ZZT) en passant par le raffinement un peu lisse de Dombrecht (Fuga […]