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Ambition et débauche (Graun, Haendel, Perti, Porpora, Agrippina, Ann Hallenberg – DHM)

Museor
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
9 mai, 2015

ANN HALLENBERG

AGRIPPINA ARIAS

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Agrippina Arias

Arias extraits des opéras de Perti, Porpora, Legrenzi, Sammartini, Mattheson, Händel, Graun, Orlandini, Magni.

Nerone fatto Cesare – Giacomo Antonio Perti : « date all’armi o spirti fieri », « questo brando, questo folgore »
L’Agrippina – Nicola Porpora : « mormorando anch’il ruschello » et « con troppo fiere immagini »
Britannico – Carl Heinrich Graun : « se la mia vita, o figlio » et « mi paventi il figlio indegno »
Nerone – Giuseppe Maria Orlandini : « tutta furie e tutta sdegno »
Nero – Johann Mattheson : « gia tutto valore »
Agrippina – Georg-Friedrich Haendel : « ogni vento, pensieri », « voi mi tormentate », « l’alma mia fra le tempeste »
Nerone Infante – Paolo Giuseppe Magni : « date all’armi o spirti fieri »
Agrippina Moglie di Tiberio – Giovanni Battista Sammartini : « non ho piu vele », « deh, lasciami in pace »
Germanico sul Reno – Giovanni Legrenzi :  « o soavi tormenti dell’alma »

Ann Hallenberg, mezzo-soprano
Il Pomo d’Oro
Direction Riccardo Minasi

1 CD DHM, 2015.

« A celle-ci succéda Messaline, fameuse par ses débauches, et à Messaline Agrippine, non moins fameuse par son ambition. », Denis Diderot – Essai sur les règnes de Claude et Néron (1778)

L’ambition dévorante d’Agrippine la jeune est légendaire. Mais n’est-ce pas un péché maternel que l’ambition pour la progéniture d’un grand destin ? De la criminelle Olympias aux mères dévoratrices des telenovelas latino-américaines, le rôle de mère n’a pas toujours été aimant et bienveillant. A l’annonce de ce récital, autour du personnage contrasté d’Agrippine, tout d’abord la curiosité s’est installé.

On sait que Tacite, Tite-Live, Plutarque et Suétone ont inspiré des « exemplaria » à pléthore de librettistes baroques. Et finalement l’ambition d’Agrippine concentrée en 16 pistes ne pouvait que nous illustrer toute la complexité de ce personnage dévoré par son propre amour du pouvoir. Et, bien plus abouti que les récitals d’autres starlettes idolâtrées, ce disque nous révèle qu’un programme pensé et conçu intelligemment par des artistes qui se sont surpassés avec splendeur, et qui recèle 12 airs rares démontrant avec variété et éclat que tout l’opera seria ne se réduit pas à un Haendel et un Porpora.

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Pierre Paul Rubens (1577–1640), Agrippina et Germanicus (1614), huile sur panneau, 66,4 × 57 cm – Washington, National Gallery of Art

Tout d’abord Ann Hallenberg qui sait doser l’émotion et l’ornementation. Elle est impériale dans tous les sens du terme, aux phrasés bien coordonnés et dénotant une diction parfaite. Nous avons tout particulièrement apprécié les airs de Perti, Sammartini, Legrenzi et Mattheson, des vrais bijoux. Par contre, les extraits d’Agrippina de Haendel pêche par trop de pathos, mais ce travers finalement demeure assez anecdotique dans l’album. Quoi qu’il en soit, Ann Hallenberg est une artiste rompue à ce répertoire à la perfection et nous fait découvrir, avec le plaisir de l’entendre, un répertoire nouveau.

Coté orchestre, Riccardo Minasi a deux facettes. En tant que chef, il trouve un bel équilibre dans les tempi, plus convaincant que dans ses enregistrements précédents. Il déploie en deuxième lieu une palette solistique merveilleuse notamment dans le dernier air de Perti qui clôt l’album dans une apothéose de beauté. Néanmoins, la pâte orchestrale d’Il Pomo d’Oro parfois se perd dans un inexplicable vide, surtout dans les extraits du Britannico de Graun, on entend que l’effectif ne fonctionne qu’à moitié.

Il est parfois des précisions qu’il faut laisser pour compte, cet album est une belle réalisation d’équilibre, de profondeur et de recherche. Ann Hallenberg en Agrippine aux multiples facettes sert l’ambition de la dévorante impératrice pour le rayonnement de la musique.

Pedro-Octavio Diaz