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Amour et Foi (Pulcinella, David DQ Lee, Froville, 21/06/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
7 septembre, 2014

Love & Faith
Récital David DQ Lee

Pulcinella, dir. Ophélie Gaillard

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Love & Faith

Programme

Henry Purcell ( 1659-1695)
Chaconne The Fairy Queen
Mary Maudling masque and The Goates masque (anonymous)
“Come all ye songsters”, The Fairy Queen
Masque Cupararee or Graysin (John Cuparario)
“Music for a while”, Oedipus
Ouverture Didon et Enée
“What Power art thou”,  King Arthur
Ground, Orpheus Britannicus
O, Let me weep”, The Fairy Queen
Ouverture Bonduca
“O lead me”, Bonduca
“Sing, Sing, Ye druids!”, Bonduca

Georg Friedrich HAENDEL (1685-1759)
Sinfonia Messiah
“O God of truth”, Belshazzar
Sinfonia Theodora
“Yet can I hear that dulcet lay”, The Choice of Hercules
Ouverture Alexander Balus
“Kind Heaven”, Theodora
“Where’er you walk”, Semele
Sinfonia Alexander Balus
“Amaza’d ton find the foe so near”, Belshazzar 

Distribution :
David DQ Lee, contre-ténor

Ensemble Pulcinella
Ophélie Gaillard, violon et direction
David Chivers, Anastasia Shapoval, violons
Patricia Gagnon, alto
Brice Sailly, clavecin et orgue

21 juin 2014, Prieuré de Froville la Romane, 17ème édition du Festival de Froville (54)

Encore ce soir, le Festival de musique ancienne et baroque de Froville n’a rien à envier aux plus grandes scènes nationales ou internationales. La saison 2014 se révèle être un excellent cru face à la qualité des ensembles et artistes invités à se produire dans cette magnifique église baroque datant du XIIe siècle.

Le programme de cette représentation intitulé Love & Faith – Amour & foi –, met à l’honneur Henry Purcell  et Georg Friedrich Haendel à travers des extraits de leurs œuvres, telles que The Fairy Queen,Oedipus, King Arthur, Orpheus Britannicus pour le premier compositeur, et  Belshazzar, Theodora, Alexander Balus pour le second. Ce programme axé sur l’amour et la foi est interprété par l’ensemble Pulcinella réunissant des solistes virtuoses passionnés par la pratique de la musique baroque sur instruments d’époque. Ces solistes sont d’ailleurs membres de prestigieuses formations : Le Palais royal pour David Chivers au violon et Brice Sailly à l’orgue et clavecin, l’Orchestre MusicAeterna et Les Dissonances pour Anastasia Shapoval (violon), Café Zimmermann pour Patricia Gagnon à l’alto. 

Leur minutieux travail se concentre notamment sur le son mais aussi l’articulation de l’expression du discours musical. La musique baroque est caractérisée par la polyphonie la plus chargée, donc la plus difficile à réaliser. Ils interpréteront d’ailleurs la Chaconne tirée de The Fairy Queen, l’ouverture de Didon et Enée de Purcell, la Sinfonia du Messie, l’ouverture d’Alexander Balus d’Haendel. Ils joueront également deux pièces peu interprétées dans les concerts, Mary Maudling masque and The Goates masque. Le masque est un spectacle baroque qui mêle tous les arts scéniques: musique et chant, danse, poésie, costumes, théâtre et même pyrotechnie. Des décors élaborés pouvaient être construits pour l’occasion. Le masque n’était représenté qu’une fois, rarement plus, ce qui en renforçait le caractère exceptionnel. Il avait souvent un but politique, donnant l’occasion à des courtisans de louer leur souverain et renforçant la cohésion de la cour. Le Masque Cupararee or Graysin constituera de loin un magnifique dialogue musical entre le violoncelle et le clavecin.

A la tête de Pulcinella se trouve Ophélie Gaillard, violoncelliste de talent. Lors de sa formation au Conservatoire National Supérieur de Musique et Danse de Paris (CNSMDP), elle obtient trois premiers prix : en musique de chambre, en violoncelle, où elle est ensuite admise en cycle de perfectionnement, et en violoncelle. Titulaire du Certificat d’aptitude de violoncelle et de la licence de musicologie de la Sorbonne, elle remporte en 1998 le troisième prix du Concours international de violoncelle de Leipzig. Élue en 2003 « révélation soliste instrumentale » aux Victoires de la musique classique, elle se produit en récital et défend le répertoire solo du violoncelle, des suites de Bach jusqu’à la création contemporaine.

Pour parfaire l’ensemble et le programme donné ce soir, il ne manque plus qu’un contre-ténor de renommée internationale, chose faite avec David DQ Lee. Cet artiste canadien d’origine coréenne déploiera un chant expressif à souhait avec d’innombrables ressources. Son entrée en scène se fait dans le recueillement le plus total avec l’extrait “Come all ye songsters” de The Fairy Queen. Il invite les chantres de l’air à se réveiller et s’assembler. L’ornementation est déjà soignée et légère. La rondeur, la douceur vocale seront atteintes dans “Music for a while” d’Oedipus. Sa voix « tutoie » avec ses modulations raffinées et son timbre celle d’Alfred Deller. Un petit aparté à ce sujet, Alfred Deller (1912-1979) était un extraordinaire et talentueux contre-ténor sans qui la voix de contre-ténor dormirait peut-être encore aujourd’hui dans les abysses du XVIIIe siècle. Cette tessiture ayant disparu depuis deux siècles.

Le public ovationne DQ Lee lors de la magnifique interprétation de “What Power art thou” tiré de The King Arthur. Chacune de ses intonations fait sens. De subtiles nuances ne cessent d’éclairer son chant, révèlent les mots, saisissent l’émotion même si le froid mordant de cet air pourrait faire mourir de froid. Sa voix, aérienne et pure, lui permet de s’installer confortablement sur quatre octaves passant ainsi de la voix de tête à la voix de poitrine sans aucune difficulté. Sa voix ne semble accepter aucun artifice à part ceux de vitalité et d’humour allant jusqu’à  exécuter quelques déhanchements sur “Kind Heaven” et “Where’er you walk”. 

Même dans l’œuvre plus que pessimiste, Belshazzar, montrant l’effondrement de l’empire de Babylone, le contre-ténor est empli de foi « Dieu est toujours proche et il m’ouvre le chemin ». Il réinvente les textes en les interprétant grâce à ses libertés « mesurées » avec le rythme. Il exprime parfaitement les sons filés. Pour sa deuxième venue à Froville, David DQ Lee signe ici une émouvante prestation, ovationné par l’auditoire conquis.  Malgré la fatigue mentionnée dans l’humour faisant mine de regarder sa montre fantôme, il offre ainsi, avec l’appui de Dulcinella, deux bis extraits d’Orlando et de Didon et Enée

Tout au long de ce concert, l’amour et la foi ont triomphé par cette tressaillante humanité dans le poids du vécu, des couleurs et des ombres qu’engendrent ces deux sentiments. Il faut avoir la foi pour croire en l’Amour, alors aimons pour avoir la foi…

Jean-Stéphane Sourd Durand

Le programme des concerts du festival de Froville est consultable sur : www.festivaldefroville.com