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Orphée de France et d’Angleterre (Airs de Purcell & Charpentier, Santon, Cochard, Dunford, Degand – AgOgique)

Muse5
Publié dans : CD / DVD - Critiques
25 mars, 2015

L’Art orphique de Charpentier et Purcell

Airs de Charpentier, Purcell, & alii

 

purcell-charpentier« Sweeter than roses » (H. Purcell)
« Hark ! The echoing Air a triumph sings » (H. Purcell)
Chaconne en sol mineur (H. Purcell)
« Auprès du feu l’on fait l’amour » (M-A Charpentier)
« Profitez du printemps » (M-A Charpentier)
Allemande en ré mineur (L. Couperin)
« Tristes déserts » (M-A Charpentier)
« Ah ! qu’on est malheureux » (M-A Charpentier)
Sarabande et passacaille (J. de Sainte-Colombe)
« The plaint – O let me weep » (H. Purcell)
Ground en ré mineur (H. Purcell)
« A mad song » (J. Blow)
Chaconne en fa majeur (J.C. de Chambonnières)
« Non, non, je ne l’aime plus » (M-A Charpentier)
Gavotte en rondeau (Demachy)
« Sans frayeur dans ce bois » (M-A Charpentier)
« Ah, laissez-moi rêver »  (M-A Charpentier)
« O solitude » (H. Purcell)

Chantal Santon-Jeffery, soprano
Violaine Cochard, clavecin
François Joubert-Caillet, viole de gambe
Thomas Dunford, archiluth
Stéphanie-Marie Degand, violon

59′ 44″, Agogique, 2014.

C’est un beau témoignage des XVIIème siècle français et anglais que nous propose Chantal Santon-Jeffery. A l’image de son patronyme qui illustre ses racines tout à la fois françaises et britanniques, elle nous plonge dans les chants d’amour de Purcell et Charpentier, en une savante mise en regard de ces deux compositeurs à peu près contemporains dans leurs créations. On y retrouve tour à tour les différents sentiments qui agitent les amants, de l’amour magnifié ou s’épanouissant, aux regrets amers et à la solitude. Le timbre de la soprano évolue au rythme des atmosphères, dévoilant avec sensibilité ses différentes couleurs pour nous restituer les états les plus variés.

Mieux qu’un récital, c’est donc un petit festival qui s’offre à nos oreilles. De l’élégiaque « Sweeter than roses » aux cascades de mélismes, très naturels, du « Hark ! The echoing Air », du primesautier « Auprès du feu l’on fait l’amour » au guilleret « Profitez du printemps » le timbre se montre clair et aérien. Il se pare de couleurs plus sombres pour le « Tristes déserts », à la diction particulièrement soignée qui en accentue le dramatisme, se fait plus mat pour « Ah, qu’on est malheureux » ou le « Let me weep ». La tension monte peu à peu dans « A mad song », où la tirade s’anime peu à peu d’ornements plus appuyés mais toujours aisés. Le décidé « Non, non, je ne l’aime plus » hésite tout entier entre la résolution des paroles et l’attachement qui revient de manière lancinante. A la fraîcheur incisive du « Sans frayeur dans ce bois » succède un planant « Ah, laisse-moi rêver », qui se poursuit par les longues scansions de « O solitude ». L’expressivité est sans cesse présente, s’emparant des moindres nuances pour donner vie et corps au texte, tant en français qu’en anglais : la démonstration est éclatante mais jamais superfétatoire, le timbre et les ornements demeurant toujours très naturels.

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Chantal Santon © Printemps des Arts

Face à ce timbre agréable qui nous révèle les couleurs de sa riche palette, l’orchestration n’est pas en reste. On notera tout d’abord le clavecin bien délié et moëlleux de Violaine Cochard, qui tournoie avec habileté dans la chaconne de Purcell, souligne les accents du « Profitez du printemps », mène avec une belle inspiration l’Allemande de Couperin, s’anime avec vigueur dans le Ground de Purcell, et déploie toute son opulence dans la Chaconne de Chambonnières. La viole de gambe de François Joubert-Caillet se montre souple et vive, avec de longs accents dans le « Sweeter than roses », des attaques inspirées pour « Auprès du feu », une belle expressivité dans la Sarabande et passacaille de Sainte-Colombe. L’archiluth de Thomas Dunford déploie ses graves bien ronds dans le « Sweeter than roses », fait écho aux plaintes du « Tristes déserts » et acompagne délicatement le « Sans frayeur, dans ce bois ». Enfin le violon de Stéphanie-Marie Degand égrène avec expressivité sa plainte lancinante dans le « O let me weep ».

Le CD est présenté sous jaquette cartonnée, avec une introduction de Chantal Santon-Jeffery qui explique sa démarche musicale, une notice de Dorian Astor qui nous éclaire sur le contexte des créations musicales de cette époque, et le texte des paroles, le tout en français et en anglais. Un récital fort réussi, qui charmera assurément les oreilles de nos amis baroqueux.

 

Bruno Maury

Technique : prise de son nette, qui restitue bien la fraîcheur du timbre.