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Aspiration mystique et promesse d’éternelle félicité

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
29 mars, 2013

Wolfgang Amadeus Mozart

Große Messe in c-moll KV 427 
 

Johann Sebastian Bach

Der Himmel lacht! Die Erde jubilieret BWV 31 

Christ lag in Todes Banden BWV 4

Marc Minkowski et les Musiciens du Louvre-Grenoble
© Misteria Paschalia, 2013 / Grzegorz Ziemiański, www.fotohuta.pl

 

Ana Quintans – soprano 
Ditte Andersen – soprano 
Marianne Crébassa – soprano 
Pauline Sabatier – soprano 
Owen Willetts – alto 
Carlos Mena – alto 
Colin Balzer – tenor 
Jan Petryka – tenor 
Norman Patzke – bass 
Charles Dekeyser – bass  

Les Musiciens du Louvre Grenoble 
Dir. Marc Minkowski 

29 mars 2013, Karol Szymanowski Philharmonic Hall, Cracovie.
Dans le cadre du festival Misteria Paschalia

En ce Vendredi Saint, le programme du concert avait été confié à Marc Minkowski à la tête de ses Musiciens du Louvre-Grenoble et d’une équipe de chanteurs familiers de ce répertoire (Ditte Andersen et Ana Quintans, sopranos I, Marianne Crébassa et Pauline Sabatier, sopranos II, Carlos Mena et Owen Willetts, altos, Colin Balzer et Jan Petryka, ténors, Charles Dekeyser et Luca Tittoto, basses). Le chef est bien connu du public polonais qui l’apprécie. Directeur musical du prestigieux Orchestre Sinfonia Varsovia, il est régulièrement invité à participer à Misteria Paschalia. Pour cette édition, il avait choisi de donner deux Cantates de Bach et la Grande Messe en ut mineur  de Mozart.

Les Cantates de Bach conçues comme partie intégrante du culte, en fonction du calendrier liturgique, étaient interprétées après la lecture de l’Evangile, elles encadraient souvent le sermon.

La Cantate BWV 31, Der Himmel lacht ! Die Erde jubilieret (Le ciel rayonne ! La terre exulte) fut composée en vue de la fête pascale et interprétée le 21 avril 1715 pour le jour de Pâques à Weimar. Bach la remania par la suite en 1724 et 1731 à Leipzig. Le texte chanté est du poète Salomon Franck, bibliothécaire à la cour de Weimar,  en relation avec le message pascal, celui de la Résurrection du Christ présent dans le cœur de chaque chrétien. Le langage profondément engagé de Bach fait appel à un ample effectif instrumental (cor d’harmonie, trompettes, timbales, hautbois, violons, altos et basse continu) associé à trois voix solistes (soprano, ténor et basse) et un chœur à quatre voix. La cantate se déploie en neuf mouvements pour célébrer l’aspiration mystique de l’homme nouveau, lavé du péché originel, qui doit naître à l’exemple de la Résurrection du Christ qui a vaincu la mort. L’allégresse du début de la Cantate se transforme progressivement en désir de mort pour une union avec le Christ et la promesse d’éternelle félicité.

La Cantate BWV 4, Christ lag in Todesbanden (Le Christ gisait dans les liens de la mort) est une œuvre de jeunesse qui date de 1707, Bach n’a que 22 ans. Elle est écrite pour la liturgie pascale sur un psaume de Martin Luther dont l’original remonte au XIIè siècle. En introduction de la Cantate, une Sinfonia instrumentale de caractère funèbre, empreint de dramatisme baigne le climat musical qui s’éclaircit peu à peu en relation avec le motif de la Résurrection. Elle contient les thèmes musicaux et la portée symbolique du texte que la Cantate développera en sept temps faisant s’alterner chœur, duos et arias   pour clamer la victoire du Christ sur la mort et sa Résurrection, la lumière divine triomphant des forces obscures du mal. Après l’effroi devant les souffrances du Christ sur la Croix et l’approche de sa mort pour le salut des âmes pécheresses, la joie de la Résurrection accorde  l’espoir et la foi pacifiée, confiante en Dieu. 

Marc Minkowski a donné de ces deux Cantates une lecture pleine de fraîcheur, à la fois claire et profonde. Sans théâtralisation excessive, sa direction a mis à vif  toute l’intensité dramatique du thème pascal qui accorde la primauté aux impulsions du cœur. Tout en soutenant l’équilibre entre voix et instruments, en ménageant  les contrastes des couleurs vocales, les tensions, les changements de rythme et de pupitres, il a conduit ses musiciens et un plateau vocal homogène  en maintenant une unité dans l’alternance variée et complexe de l’enchaînement  du chœur, des récitatifs, des duos et des arias. De la douleur pathétique à l’apaisement final, nous avons assisté au mystère pascal en musique.

En seconde partie, la Grande Messe en ut mineur de Mozart a maintenu  l’atmosphère religieuse de la soirée. Cette Messe, considérée comme l’un des  sommets  de  la musique sacrée du maître, a été composée librement en majeur partie en 1783 comme la réalisation d’un vœu pour remercier Dieu de lui avoir permis d’épouser Constance Weber en août 1782, une fois guérie de maladie. Cette œuvre puissante, inspirée par un sentiment de piété, exige un grand orchestre, un double chœur et un quatuor de solistes (2 sopranos, un ténor et une basse). Si le déroulement de la Messe épouse le développement classique de la liturgie, le Credo est incomplet et la pièce finale, l’Agnus Dei est absente. L’œuvre est remarquable par la diversité des langages qu’elle rassemble et la manière dont Mozart fait siens en les approfondissant les emprunts au style contrapuntique de Bach qui viennent enrichir l’expérience de sa propre écriture dans une éclatante synthèse.

La direction de Marc Minkowski a insufflé tout le dramatisme et la ferveur qui habite cette Messe tout en soulignant  la richesse architecturale de l’articulation des mouvements, Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Benedictus. Les musiciens et chanteurs très impliqués dans l’orientation artistique de leur chef ont su communiquer au public l’esprit de recueillement et de prière du Vendredi Saint.

Notre merveilleux voyage s’est achevé sur cette impression d’enchantement musical.

Mais le festival s’est prolongé jusqu’à la fin de la semaine. Le samedi après-midi l’ensemble vocal Peregrina et les musiciens de La Morra se produisaient dans le décor fabuleux de la mine de sel de Wieliczka pour un concert de musique médiévale. Le dimanche de Pâques Fabio Biondi et sa formation Europa Galante avec en soliste la star des scènes, la mezzo-soprano Vivica Genaux dans un programme Vivaldi, Haendel, Geminiani, autant de compositeurs dont Fabio et ses instrumentistes ont sondé les partitions et en ont tiré le meilleur.

Marguerite Haladjian

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