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Attaingnant – Tant que je vivray – Dunford, Eichelberger, Gallon – L’Encelade

Muse5
15 avril, 2014

Pierre ATTAINGNANT (ca. 1494 – ca. 1552)

« Auprès de vous »
Musique pour clavier sous le règne de François Ier

attaingnant_aupresdevousPierre Gallon (claviorganum et virginal), Thomas Dunford (luth), Freddy Eichelberger (clavier)
66′, L’Encelade, ECL1301, 2014.

Attaingnant est un boulimique. Ce « Libraire & Imprimeur du Roy en musique » ne publiera pas moins de 170 volumes grâce à une technique permettant d’imprimer les feuillets de musique en un seul passage sous presse, au lieu de deux avec la méthode d’Ottavianno Petrucci qui imprimait séparément les portées et la musique. Hélas si l’éditeur est fameux, les compositeurs des pièces pour clavier ici sélectionnées – principalement extraites d’un recueil de 1531 – demeurent inconnus, même si Pierre Mouton ou Jehan Regnault y ont vraisemblablement participé à l’entreprise, tandis que des reprises de chansons célèbres figurent avec de belles diminutions.

Ce parcours édité par L’Encelade, pendant pour clavier des opus de Doulce Mémoire (Ricercar), est une vraie et sage réussite. A plusieurs titres. D’abord par la variété de l’instrumentarium et le soin apporté aux timbres et sonorités. Un superbe virginal de Philippe Humeau, moiré et dissert, d’une pétillante clarté, un claviorganum de Jobin & Blumenroeder résonnant et plus ample. Et puis il y a l’équilibre subtil que trouvent les artistes, et en premier lieu Pierre Gallon, pour établir un climat, une conversation, une ambiance d’intimité, de complicité et de chaleur afin que ces très brèves pièces, qui courent le risque d’un enfilage fragmenté et vain, puisse se fondre dans une belle évocation, certes virtuoses dans ses diminutions, mais d’une discrétion racée qui ne renie pas la complexité d’un contrepoint parfois serré. Il y a une élégance un peu exsangue de marquise souriante et épuisée dans le « A mes ennuis » , une belle droiture dans la pavane sur claviorganum qui suit, d’une lisibilité exemplaire, un peu raide cependant dans sa main gauche. Les diverses gaillardes, bavardes et vives, grouillantes de vie, un peu pressée pour être dansées, s’avèrent d’une délicieuse ivresse, tandis que l’on salue les 3 morceaux interprétés par Freddy Eichelberger, guest star dénotant une aisance mélodique et une sorte de nonchalance naturelle le temps d’une gaillarde, une énergie fière dans ses branles bien rythmés, peut-être le « Malgré moy » ductile aurait pu gagner en poésie. Autre invité d’honneur le jeune et brillant Thomas Dunford, dont le luth apporte une douceur rêveuse et une opulence à la prestation de Pierre Gallon avec une gaillarde ou un « Tant que je vivray » qui gagnent ainsi en complexité et en densité. Enfin, s’il faut un favori, ce sera sans nul doute le noble et généreux « Auprès de vous » à la tendresse pudique, au geste feutré mais assuré, à la respiration ample et maîtrisée.

Et si l’on s’imagine François Ier comme une force de la nature tonitruante, cette sélection délicate et ciselée vient, comme à contresens, illustrer la pratique musicale de son règne avec une mesure inspirée, des improvisations lumineuses, et une familiarité aussi bienveillante qu’irrésistible.

Viet-Linh Nguyen

Technique : enregistrement aéré, beaux timbres.