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« Atys, ne feignez plus, je sais votre secret » (Idas, Acte I, scène 2)

Musemois
25 décembre, 2011

Jean-Baptiste LULLY (1632-1687)

Atys

Tragédie en musique en un prologue et cinq actes sur un livret de Philippe Quinault.
Créé à Saint-Germain-en-Laye le 10 janvier 1676
Recréation de la production donnée en 1987 Salle Favart

Distribution

Atys : Bernard Richter
Cybèle : Stéphanie d’Oustrac
Sangaride : Emmanuelle de Negri
Célénus : Nicolas Rivenq
Idas : Marc Mauillon
Doris : Sophie Daneman
Mélisse : Jaël Azzaretti
Le Sommeil : Paul Agnew
Morphée : Cyril Auvity
Le temps ; le fleuve Sangar : Bernard Deletré
Maître de la cérémonie / Alecton : Jean Charles di Zazzo (comédien)
Flore /Suite de Sangar : Elodie Fonnard
Iris : Rachel Redmond
Melpomène : Anna Reinhold
Zéphir / Suite de Sangar : Francisco Fernández
Zéphir : Reinoud Van Mechelen
Phobétor : Callum Thorpe
Phantase : Benjamin Alunni
Songe Funeste : Arnaud Richard 

Choeur & Orchestre Les Arts Florissants
Compagnie Les Fêtes Galantes
Danseurs : Bruno Benne, Sarah Berreby, David Berring, Laura Brembilla, Olivier Collin, Estelle Corbières, Laurent Crespon,Claire Laureau, Adeline Lerme,

Akiko Veaux, Gil Isoart (de l’Opéra National de Paris)

Direction musicale : William Christie

Metteur en scène : Jean-Marie Villégier
Metteur en scène associé : Christophe Galland
Décorateur : Carlo Tommasi
Costumier : Patrice Cauchetier
Chorégraphes : Francine Lancelot (†) et Béatrice Massin
Lumières : Patrick Méeüs
Perruques : Daniel Blanc
Maquillage : Suzanne Pisteur

Recréation grâce au soutien exceptionnel de Ronald P. Stanton
Coproduction Opéra Comique, Brooklyn Academy of Music, Théâtre de Caen, Opéra de Bordeaux, Les Arts Florissants

Réalisation : François Roussillon. 

Opéra (195’) + suppléments : 5 visions d’Atys (100’)., 16/9 couleur, son Dolby Digital stéréo / DTS 5.1, 2 DVDs NTSC toutes zones, sous-titres français / anglais / allemand / espagnol / italien, Fra Musica / Opéra Comique (disponible aussi en Blu-Ray), 2011.

Noël 2011. Le 13 mai dernier, nous subissions le choc dramatique et esthétique de la recréation du mythique Atys de Christie / Villégier à l’Opéra Comique, et nous ne reviendrons pas sur les qualités exceptionnelles de cette production, que nous avons abondamment décrites dans un compte-rendu enthousiaste auquel nous vous renvoyons. Alors que le DVD est disponible depuis les derniers jours d’octobre, nous avons retenu cette critique afin que ce disque puisse être retenu pour la Muse de Noël, et cette analyse s’attardera avant tout sur les aspects propres au support, au montage de la captation vidéo, à sa fidélité sonore, à son ambiance. Bref, la magie noire de la représentation a-t-elle pu être capturée sur ces 2 galettes brillantes, et les frémissements intenses de la tragédie passer des fauteuils de velours à votre canapé, de la scène au petit écran, du collectif au familial voire au plaisir solitaire ?

La cour dans les splendides costumes de Patrice Cauchetier © Pierre Grosbois, 2011

La réponse est affirmative, malgré un grand regret, dû aux nécessités techniques de la captation. Ce regret, c’est celui de la trop grande luminosité des images, du côté lisse et précis de chaque plan, de la haute définition aseptisée qui permet de se rendre compte avec délice de chaque boutonnière des admirables costumes de Patrice Cauchetier. La mise en scène de Jean-Marie Villégier se retrouve ainsi banalisée, avec des tons gris perlés proche de l’Armide de Carsen. La rupture violente entre le Prologue et la scène des Songes – c’est-à-dire des univers oniriques et colorés (celui du théâtre et celui du rêve) – et le reste de la tragédie nimbé de tons crépusculaires et sombres se trouve considérablement atténuée. Sur scène, le spectateur, plongé dans la torpeur lancinante d’une pénombre savamment entretenue, voyait défiler les marionnettes hiératiques d’une cour vieillissante et sclérosée, à la raideur digne d’une gravure, étouffante dans son opulence, cachot de tapissé de marbre et de soieries. A l’écran, au contraire, le regard est captivé par les gros plans qui dévoilent la beauté des justaucorps, les broderies des parements en bottes, les panaches ornant les couvre-chefs. La partie occulte le tout, les accessoires si bellement réalisés prennent le devant sur l’atmosphère morbide, désespérée et magnifique de ce conte décadent et douloureux. La bonne vieille bande-vidéo de FR3 de 1987, usée et délavée, avait ses nombreux défauts, mais avait su rendre l’ennui monochrome du désert surpeuplé de Versailles…

En dépit de cette réserve, la réalisation a su préserver l’équilibre entre la fosse et la scène, recueillir le bouillonnement moiré des Arts Flo conduit par un William Christie théâtral et puissant, filmer avec sensibilité et pudeur les acteurs-chanteurs sans coupes intempestives, faire partager une continuité dramatique concentrée avec ses moments de relâchement (les divertissements somptueux) et ses scènes intimistes aux récitatifs enveloppés de continuo. On appréciera à leur juste valeur les danses de Béatrice Massin d’après Francine Lancelot, cadrées de loin, en laissant voir les jambes des danseurs et les mouvements chorégraphiques d’ensemble, alors que nombre de réalisateurs se délectent de l’amputation à la manière de la chirurgie militaire.

Si l’on épargnera au lecteur une redite des caractéristiques vocales de la distribution d’un très haut niveau, il nous a semblé que le DVD mettait plus fortement en lumière le tempérament féroce de Stéphanie d’Oustrac, qui a choisi d’incarner une Cybèle sanguine et impérieuse, quitte à maltraiter quelque peu la ligne de chant, la déclamation ou la rondeur des aigus. De même, le timbre de l’Atys de Bernard Richter s’avère au DVD nettement plus grainé que celui de ses prédécesseurs Howard Crook ou Guy de Mey (malgré des moments d’apesanteur comme le début de l’acte III), les articulations nerveuses et incisives, un brin ironiques, presque sèches, tout comme celles d’un Marc Mauillon en compagnon de jeu tentateur. La ravissante Sangaride d’Emmanuelle de Negri n’en est que plus douce et sensuelle, le monarque de Nicolas Rivenq « ancienne cour » pratiquant le ton noble et plus maniéré de l’Atys initial de 1986 auquel il avait déjà prêté sa voix et son talent.

Enfin, précisons que le DVD comprend en supplément de très intéressants entretiens avec Patrice Cauchetier, William Christie, Jérôme de la Gorce, Béatrice Massin ou encore Jean-Marie Villégier.

Voilà donc une parution qu’il est indispensable d’inclure dans toute discothèque baroque respectable, et qui fera certainement – plutôt que les carnages et les coucheries incestueuses des Borgia de Canal + – un cadeau de Noël des plus appréciés.

Viet-Linh Nguyen

Technique : captation fluide, image haute définition d’une précision parfois un peu lisse, son fidèle et équilibré avec une belle dynamique.