Close

Ay, ay !

Museor
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
31 décembre, 2010

Matheo ROMERO (c. 1575-1647)

« Romerico florido »

Romances, Tonos humanos, Folías, Letrillas, Canciones.

Cappella Mediterranea : Mariana Flores & Capucine Keller, sopranos – Fabian Schofrin, contre-ténor – Fernando Guimarães, ténor

Ensemble Clematis
Leonardo García-Alarcón, orgue & direction

61’04, Ricercar 308 / Outhere, 2010.

 

Derrière les sonorités du Sud de « Matheo Romero » se cache en réalité le Liégeois de naissance Matthieu Rosmarin, dont le nom fut « ibérisé » vers 1594 lors de sa promotion comme chantre adulte à la Capilla flamenca de Madrid créée dès 1516. Bien en cour et musicien de talent, Romero fur nommé directeur de la Chapelle par Philippe III. Ce disque se propose de redécouvrir le répertoire profane de la main de celui qui fut surnommé « Maestro Capitán », dont les pièces nous sont parvenus principalement grâce à un manuscrit de la Staatsbibliothek de Munich.

La vision de Leonardo García-Alarcón débordante de vie, gorgée de couleurs, contrastée et lyrique, est de celle qui enivre et ensorcelle. D’abord grâce à la variété des pièces sélectionnées, reflet d’une alchimie mouvante et d’une époque d’expérimentation et de découverte, oscillant entre le nouveau langage madrigalesque italien ou de la monodie, la polyphonie traditionnelle et les airs populaires espagnols. Fusion des genres et des époques entre Renaissance et Baroque, mélange d’une vitalité du Levant aussi fleurie que le titre du disque (« romerico florido » signifie le petit romarin fleuri) et de reflexes nordiques encore bien ancrés, la musique de Romero paraît souvent difficile à cerner.

Qu’importe, on goûte l’immédiateté complice de l’interprétation, les couleurs chamarrés et vives des instruments de Clematis - notamment les cornets, la harpe chromatique, les vihuelas, les percussions dansantes. Les chanteurs de la Capella Mediterranea se glissent avec délices dans un vent de liberté où accents de musique savante et populaire se côtoient et l’on avoue sans peine un faible pour les pièces vocales, à l’instar du « Romerico florido » endiablé (avec une section centrale soudain rêveuse et mélancolique) où Mariana Flores fait valoir une voix sensuelle d’une spontanéité naturelle, ou le « Ay, qué me muero de zelos » très inspiré et hispanisant, d’une modernité troublante, où les voix de Mariana Flores et Capucine Keller se font tour à tour mutines ou évocatrices, douces ou fougueuses. D’autres pièces telles le « Coraçón, ¿dónde estuvistes? » ou le « Caiase de un espino » nous ramènent presque brutalement vers un monde madrigalesque plus policé et précieux, que n’aurait pas renié un Marenzio où les voix équilibrées et sensibles de Mariana Flores, Fabian Schofrin et Fernando Guimarães fait merveille.

Un disque scintillant et indiscernable, passionné et original, à la manière du claquement de talon d’une danseuse flamenco qui dessinerait sa carte du Tendre.

Anne-Lise Delaporte

Technique : excellente prise de son, très détaillée avec de beaux timbres.