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Ecrin de virtuosité pour Bach

Museor
3 mars, 2010

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

« Hilary Hahn plays Bach »

 

Partita no.3 en mi Majeur BWV 1006 pour violon seul
Partita no.2 en ré mineur BWV 1004 pour violon seul
Sonate no.3 en do Majeur BWV 1005 pour violon seul

Hilary Hahn, violon

78’44, enr. 1997, Sony Classical

Extrait : Prélude de la Partita n°3

Composées aux alentours de 1720, les sonates et partitas pour violon seul de Johann Sebastian Bach requièrent, comme la plupart des œuvres pour instrument solo, une grande virtuosité, poussant l’interprète à explorer et exploiter les moindres possibilités techniques que lui offre son instrument. Enregistrées maintes et maintes fois, l’on trouve des versions sur instruments plus ou moins anciens, des interprétations plus ou moins abouties. Hilary Hahn n’avait que 17 ans lorsqu’elle enregistra ces œuvres ; son interprétation (qui semble avoir été longuement mûrie) n’a pourtant rien à envier au plus  chevronné des violonistes. Par un jeu sensible et dynamique, la jeune musicienne fait preuve d’une profonde compréhension de l’écriture contrapuntique de Bach et parvient à en dénouer les multiples voix avec une clarté et une précision déroutantes.  

Tout son art s’exprime dans le Prélude de la Partita en mi Majeur ; la ligne mélodique est continue avec juste ce qu’il faut de répit pour laisser à l’auditeur le temps de savourer des aigus cristallins et  des graves amples et profonds. Hilary Hahn joue des nuances avec une grande aisance, usant de ce « piano » comme d’un tremplin d’où fusent de nouveaux arpèges, toujours plus fougueux. Une nouvelle dimension s’ouvre à nous, celle où les notes rebondissent de droite et de gauche, où la musique emplit tout l’espace et nous habite pleinement. La Loure apparaît ensuite comme une eau calme et limpide où se mêlent deux voix parfaitement unies et pourtant dissemblables ; la magie des doubles-cordes opère. Chaque note se voit être l’objet d’un soin particulier, d’une articulation propre.

Disons le tout de suite, Hilary Hahn n’est pas une violoniste baroque et use sans restriction d’un vibrato bien présent mais parfaitement mesuré. Loin d’être un simple effet parasite ou chevrotant, il marque la naissance d’une note, la faisant plus ou moins frémir selon une existence tragique ou paisible et l’accompagne jusqu’à son dernier soupir. La violoniste nous immerge dans une totale intimité avec l’instrument à l’intérieur duquel l’on se croirait blotti tant le son est omniprésent. Intimité que l’on retrouve encore plus palpable dans la Chaconne de la seconde Partita en ré mineur. Tantôt douloureux, mélancolique, sombre ou lumineux, c’est probablement le morceau le plus poignant et le plus expressif de ce disque, celui où chaque ligne mélodique est sublimée et menée à la perfection.  D’une grave lenteur (mais sans être pesant), le tempo permet à la violoniste de développer chaque phrase, posément, laissant de dramatiques dissonances éclore  alors que frissons vous parcourent l’échine. Comme l’on se sent petit à côté d’une telle musique ! Une longue et altière révérence achève cette Chaconne bouleversante (de 18 minutes !). Hilary Hahn sculpte chaque note comme un orfèvre s’attache avec une patience infinie à modeler et ciseler ses plus belles pierres, frôlant la perfection.

« Bach est le point de référence qui me permet de conserver l’honnêteté du jeu, de garder la pureté de l’intonation dans les doubles-cordes, de faire ressortir les différentes voix lorsque le phrasé le demande, des faire des croisements pour qu’il n’y ait pas d’accents inopportuns, de présenter clairement la structure à l’auditeur, sans pédantisme – on ne peut pas faire semblant avec Bach » écrit Hilary Hahn. Qu’ajouter à cela ? Comment ne pas s’émerveiller et être saisit d’admiration devant un jeu si humble, une compréhension si fine du compositeur et de son œuvre ? Inestimable, cette interprétation est avant tout bouleversante de par sa simplicité et la sensibilité de l’interprète. Chaque écoute de ce disque est une nouvelle découverte tant les détails sont nombreux et pousse à une profonde méditation, sans oublier bien sûr le plaisir de l’écoute et la beauté du son.

Isaure d’Audeville

Technique : prise de son claire et spatialisée.