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“Croix, supplices, joie des âmes” (Bach, Passion selon Saint Matthieu, Concert Lorrain, Prégardien – Luxembourg, 25/03/2015)

Publié dans : Concerts - Critiques
28 mars, 2015

Johann Sebastian Bach, Passion selon Saint Matthieu

 

Le Concert Lorrain, dir. Christoph Prégardien

25 mars 2015, Philharmonie – Luxembourg

pregardien

Julian Prégardien © Marco Borggreve

 

Johann Sebastian BACH (1685-1750)

Matthäuspassion BWV 244 für Soli, zwei Chöre und Orchester, libretto von Picander (i.e. Christian Friedrich Henrici)

Hana Blažíková, soprano
Sophie Harmsen, alto
Julian Prégardien, ténor (Evangelist)
James Gilchrist, ténor (arie)
Dietrich Henschel, basse (Jesus)
Martin Berner, basse (arie, Pilatus, Judas)

Solistes du Chœur :

Theresa Dlouhy, soprano (Magd I)
Dorothee Wohlgemuth, soprano (Magd II)
Cécile Kempenaers, soprano (Frau des Pilatus)
Matthias Lucht, alto (Zeuge I)
Wolfgang Frisch, ténor (Zeuge II)
Julian Redlin, basse (Petrus)
Hans Wijers, basse (Hohepriester I)
Stefan Geyer, basse (Hohepriester II)

Balthasar-Neumann-Chor :

Detlef Bratschke, chef de chœur

Chœur I :

Sopranos: Annemei Blessing-Leyhausen, Anja Bittner, Theresa Dlouhy,
Cécile Kempenaers, Chiyuki Okamura, Sybille Schaible
Altos: Anne Bierwirth, Edzard Burchards, Angela Froemer, Matthias Lucht
Ténors: Nils Giebelhausen, Mirko Heimerl, Gerhard Hölzle, Michael Schaffrath
Basses: Stefan Geyer, Julian Redlin, Andreas Werner, Hans Wijers

Chœur II :

Sopranos: Amrei Rebekka Beuerle, Undine Holzwarth, Christine Oswald,
Katia Plaschka, Christine Süßmuth, Dorothee Wohlgemuth
Altos: Julie Comparint, Beat Duddeck, Petra Ehrismann, Roland Kunz
Ténors: Wolfgang Frisch, Matthias Heubusch, Hermann Oswald, Victor Schiering
Basses: Friedemann Klos, Carsten Krüger, Michael Pannes, Tobias Schlierf
Le Concert Lorrain :

Stephan Schultz, directeur artistique

Orchestre I:

1ers violons: Chouchane Siranossian, Cécile Dorchêne, Jonas Zschenderlein
2nds violons: Lorea Aranzasti Pardo, Charlotte Mercier, Lorenz Blaumer
Altos: Christian Goosses, Friedmann Kienzle
Violoncelle: Stephan Schultz
Contrebasse: Christian Berghoff-Flüel
Orgue: Carsten Lohff
Flûtes traversières, flutes à bec: Leonard Schelb, Jan Van den Borre
Hautbois: Hélène Mourot, Kerstin Kramp
Basson: Axel Andrae

Orchestre II:

1ers violons: Swantje Hoffmann, Hongxia Cui, Friederike Lehnert
2nds violons: Judith Freise, Ildiko Hadhazy, Angela Pastor
Altos: Jane Oldham, Jeannette Dorée
Violoncelle, viole de gambe: Ulrike Becker
Contrebasse: Tilman Schmidt
Orgue: Sabina Chukurova
Flûtes traversières: Vera Balogh, Carlota Garcia
Hautbois: Elisabeth Passot, Christopher Palameta

Christoph Prégardien, direction

25 mars 2015, Philharmonie – Luxembourg

Avec la Philharmonie Luxembourg, le Grand-duché, qui compte environ un demi-million d’habitants, dispose de l’une des salles de concerts les plus prestigieuses d’Europe. Elle est située sur le Plateau du Kirchberg à Luxembourg-Ville. La Philharmonie Luxembourg, dénommée « Salle de concerts grande-duchesse Joséphine-Charlotte », a été inaugurée le 26 juin 2005 en présence notamment du Grand-Duc Henri au cours d’une cérémonie officielle marquant la fin de la présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Union européenne. Depuis lors, l’Orchestre Philharmonique de Luxembourg OPL y a élu résidence. A l’issue du concours international d’architecture en 1997, le projet retenu est celui d’un architecte et urbaniste français, Christian de Portzamparc. Les travaux de construction durèrent du printemps 2002 à l’été 2005. Un vaste hall en forme de péristyle enveloppe entièrement le Grand Auditorium, où va se dérouler le concert de ce soir, Matthäuspassion, La Passion selon Saint Matthieu KWV 244 de Johann Sebastian Bach. Cette œuvre constitue l’un des piliers majeurs de l’art de l’oratorio, qui mélange avec une précision « passionnante » textes sacrés et 28 « poésies » madrigalesques concoctées par le librettiste Picander, de son vrai nom Christian Friedrich Henrici, d’après le récit biblique de Saint-Matthieu. Créée le 15 avril 1729 lors des Vêpres du Vendredi Saint en l’Eglise Saint-Thomas de Leipzig, la Passion est écrite pour des voix solistes, un double chœur divisé en deux groupes indépendants, et par conséquent deux orchestres.

Pour servir ce chef-d’œuvre, outre les solistes qu’on évoquera ci-dessous, le maestro Christoph Prégardien s’est entouré du Concert Lorrain, en résidence à l’Arsenal de Metz depuis sa création en l’an 2000, et du Balthasar-Neumann-Chor créé en 1991 et célèbre pour ses incursions bachiennes sous la direction de Thomas Hengelbrock, notamment une remarquable Messe en si nerveuse et théâtrale (DHM). Ce creuset d’artistes, souple et homogène,  donnera toute l’intimité et l’introspection nécessaires à cette représentation, sans altérer la valeur du texte biblique, récit du dernier repas, de l’arrestation, du jugement, de la condamnation à mort et de la crucifixion de Jésus, le Christ, présenté tout au long du texte comme ayant une nature à la fois humaine et divine. Pour mémoire, le livret para-liturgique de Picander est tiré de la fin de l’Evangile selon Matthieu, plus exactement les chapitres 26 et 27.

Philharmonie Luxembourg

© Philharmonie Luxembourg

Dans cette oeuvre, les récitatifs constituent la trame centrale de l’œuvre, dans laquelle interviennent fréquemment les protagonistes, solistes avec des arie da capo (airs à reprise) ou interventions chœurs. Les récitatifs intenses chantés par l’Evangéliste, confié à Julian Prégardien – le fils du chef – sont empreints de sens, de sobriété, de ferveur. Sa voix de ténor lui permet aisément de relater les derniers jours de la vie de Jésus dans une diction irréprochable de la langue de Goethe. Dietrich Henschel livre, grâce à sa voix ronde de basse bien que légèrement couverte, un Jésus humble. Il développera par ailleurs de chaudes couleurs dans l’arie n°57, “Komm, süßes Kreuz” en appuyant son chant sur la douce viole de gambe tenue par Ulrike Becker et le continuo joué à l’orgue (Carsten Lohff) et à la contrebasse (Christian Berghoff-Flüel).

Parmi les airs, on relevera le premier arie “Buß und Reu” interprété par Sophie Harmsen, dans lequel elle fait entendre sa voix suave d’alto à la belle plasticité jetant de belles notes dans le haut comme dans le grave. Un autre moment de plénitude a lieu avec le célèbre air n°39 “Erbarme dich, mein Gott”, où l’alto en devant de scène apporte une force convaincante à son chant, soutenue par la magnifique mélodie plaintive jouée au violon par Chouchane Siranossian et l’ensemble de l’orchestre I, puisqu’on soulignera les efforts de spatialisations à la fois du choeur et de l’orchestre que le chef a entrepris, en vue de plus de combinaisons de textures et de dynamiques. L’arie “Blute nur, du liebes Herz !” offre à la soprano tchèque Hana Blažíková l’occasion de faire entendre sa qualité vocale. Les notes s’enchaînent les unes aux autres dans une finesse telle la dentelle de Calais, alliant force et agilité. James Gilchrist, ténor britannique, lors de ses différentes interventions notamment dans le récitatif 19 et l’arie 20 “Ich will bei meinem Jesu wachen“et l’arie 35 “Geduld ! Geduld,…” dispose d’une voix aux riches couleurs, d’une diction irréprochable de l’Allemand et d’un art du récit admirable. Quant à Judas et Pilate, ils sont réunis dans la basse Martin Berner au timbre chaud et à la voix sonore et qui délivre un “Gerne will ich mich bequemen Kreuz und Becher anzunehmen” prenant.

Les autres solistes, issus du chœur, reviennent sur chaque moment important et assurent avec brio et solidité les parties de Pierre (Julian Redlin), la femme de Pilate (Cécile Kempenaers), des servantes (Theresa Dlouhy et Dorothee Wohlgemuth), des témoins (Matthias Lucht et Wolfgang Frisch), et des grands prêtres (Hans Wijers et Stefan Geyers).

N’oublions pas de saluer l’excellente prestation du Balthasar-Neumann-Chor. Scindé en deux, se faisant entendre l’un après l’autre, ou ensemble, il fait preuve d’une polyvalence artistique indéniable et démontre son extrême flexibilité à rendre les climats et les affects.

Tout comme la Philharmonie Luxembourg est un édifice incontournable du grand-duché, cette Passion apparaît comme un monument qui nous plonge dans un monde intemporel, monde de grâce où seul le recueillement a droit de citer, ce que Christoph Prégardien a compris ce soir lors de cette interprétation puissante et inspirée.

Jean-Stéphane Sourd Durand

  • Prochains concerts en France :

- Samedi 4 avril 2015 à 20h00, Chapelle Royale du Château de Versailles
- Dimanche 5 avril 2015 à 17h00, Philharmonie de Paris I, Grande salle