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Balade sur la mer salée

Muse5
31 décembre, 2009

Peirol d’AUVERNHA (1160 – 1225)

Marseille, Damas, Jerusalem

 

auvernha_lacrimeLa Camera delle Lacrime
Direction et chant Bruno Bonhoure

73’24, Zig-Zag Territoires, 2009.

 

Voilà un disque qui rappelle la collection « Les Chants de la Terre » de chez Alpha, un disque où l’auditeur oublie rapidement la distance temporelle avec ces chansons du XIIème siècle pour se concentrer sur les rythmes entraînants et les paysages qui défilent. Tout comme les Laudes de la fin de la Renaissance que nous venons concomitamment de chroniquer, Zig-Zag Territoires a réussi là-encore à rassembler des artistes intéressés non seulement par la démarche musicologique, mais surtout à ressusciter une époque, un mode de vie, une atmosphère. La figure de Peirol d’Auvergne est celle d’un troubadour de la cour du Dauphin, comte d’Auvergne, qui partira ensuite vers Montferrand et l’Italie, connaîtra la Terre Sainte lors d’un pèlerinage éprouvant.

Et c’est avec une sensibilité souriante et amère que La Camera delle Lacrime sort ses cornemuses, dégaine ses flûtes pittoresques, tambourine sur ses percussions orientales autour de Bruno Bonhoure à la direction inspirée et au chant bien tempéré. Le timbre est légèrement grainé, le phrasé déclamatoire et simple avec une belle attention aux sonorités des mots. Les instruments attentifs et en retrait. Au « Per dan que d’amor mi veigna »  avec ses percussions qui s’amusent un tantinet succède un « Atressi col signes fai » soudain résigné et doux, qui sent la brume et l’hiver.

Car ne nous y trompons pas, la lecture n’est pas de celle d’un folklore dépaysant et grandiose, façon Ridley Scott, ni de jubilatoire scènes de festins à s’entrechoquer les aiguières entrecoupeés de trompettes de tournoi. La noble « Quant Amors trobet partit » et ses cordes pincées est là pour rappeler une tristesse lancinante qui perdure pendant plus d’une heure d’une approche intimiste, tantôt lumineuse, tantôt lasse qui ne s’abandonne jamais à la franche spontanéité débridée peut-être déplacée pour tout cet amour courtois. C’est un enregistrement coloré et retenu, même dans ses rythmes (« Mainta gens mi malrazona »), où l’on regrette qu’il n’y ait pas une plus grande variété au niveau des chanteurs et des tempi. Reste des moments de suspension d’une élégance ronde (« Camjat ai mon considerer »), un équilibre ductile (« Tot mon engeing e mon saver »), une douleur intériorisée intense (« M’entencion ai tot’en un vers mesa »). La vièle à archet d’ « Un sonet vau pensan » résonne longtemps après s’être tue par sa rugosité large, ses articulations sinueuses. Beaucoup d’affliction et de pudeur, de désillusions et de rêves envolés dans ce voyage chagrin et désabusé qu’on choisira de suivre en connaissance de cause.

Alexandre Barrère

Technique : prise de son équilibrée et naturelle.