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Baroque désœuvré

Publié dans : Actualités - Edito
1 février, 2009

© Château de Vaux-le-Vicomte / Muse Baroque, 2008

Ce soir, nous regardions la télévision. Car, nous aussi – et malgré l’étonnement de nos lecteurs qui nous imaginent enfermés dans la tour d’ivoire dans laquelle nous dépoussiérons des 33 tours de Gustav Leonhardt – nous possédons cette boîte diabolique, temple de la religion cathodique, à l’éclat insaisissable et au financement problématique (mais ne nous égarons point sur un débat qui n’est pas le nôtre). Donc, ce soir, nous regardions la télévision. Et quelle ne fut pas notre surprise de constater, dans une fiction sans prétention mais souriante (au titre commençant par « Embrassez » et finissant par « qui vous voulez » pour ne pas la nommer), d’y entendre vaguement un air de Sedecia de Scarlatti que la femme non-mélomane s’empressa de couper abritement dès que son mari eut le dos tourné. Le scénariste ou le réalisateur avait lié la musique ancienne et baroque à un personnage blasé, quinquagénaire noyant le conformisme bourgeois et monotone de son existence dans l’alcool. Et voilà notre directeur d’agence immobilière, à la sexualité ambigüe, arpentant son vaste salon en écoutant de la viole ou le Lamento de Didon, repérant un vieux LP de motets de Lassus chez un ami suicidaire, avant d’agripper une bouteille de whisky désespérément vide.

La musique baroque se retrouvait associée au confort snobinard d’un monde insatisfait et à la dérive, à une certaine catégorie sociale sclérosée dans ses habitudes, ses échanges vides de sens, son matérialisme compensatoire. Une autre œuvre cinématographique nous vint alors à l’esprit, où apparaît aussi Denis Podalydès et où Eugène Green fustige au scalpel l’univers des baroqueux et de la culture, sur un Pont des Arts suicidaire où flotte le Lamento della Ninfa expiré par l’émotive Natacha Régnier. Le film, quoique morcelé, livre un panorama acerbe des coulisses du milieu intellectuel parisien. On cherche rapidement un film suivant – non historique – au parfum de musique baroque plus frais et optimiste… en vain. Le générique d’une Affaire de Goût avec le Nisi Dominus de Haendel et  la voix éthérée de James Bowman (de mémoire) ? Encore une intrigue sophistiquée de machination  portée par la solitude impérieuse de Bernard Giraudeau. Les interludes de Dogville ou Manderlay ? Pire encore puisque la noble dignité de cette musique sert de contrepoint ironique aux affres d’une Amérique honteuse. On réfléchit afin de sortir désespérément d’un recoin de sa mémoire cinéphile une scène où un personnage, jeune, épanoui, heureux se mettrait à siffloter un air de Lully. Ah, peut-être l’Antoine des Tontons Flingueurs et ses soirées corelliennes galantes ? Encore manqué, l’aristocrate maniéré attirant les foudres du regretté Lino Ventura tel un arbre la foudre par soir de tempête. So what else?

Viet-Linh Nguyen