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« La suave melodia »

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
1 juillet, 2012

« La Naissance éclatante du baroque en Italie »

Chantal Santon, Ensemble Amarillis

 

 

Violaine Cochard et Héloïse Gaillard © V. Dupart-Mandel

Violaine Cochard et Héloïse Gaillard © V. Dupart-Mandel

« La Naissance éclatante du baroque en Italie »

Liste des airs

Bartolomeo de Selma e Salaverde : Canzon prima ; Vestiva i colli d’après Palestrina
Pierliugi da Palestrina : Vestiva i colli
Girolamo dalla Casa : Vestiva i colli d’après Palestrina
Girolamo Frescobaldi : Canzon 3 ; Così mi disprezzate
Giulio Caccini : Amarilli mia bella
Giovanni Battista Fontana : Sonata seconda
Barbara Strozzi : L’Eraclito amoroso « Udite amanti »
Giovanni Antonio Pandolfi : extrait de la la sonate La Cesta ; sonate La Biancuccia
Giovanni Paolo Cima : Sonata des Concerti ecclesiastici ; « Surge propera »
Dario Castello : 8e sonate
Claudio Monteverdi : « Laudate dominum » de la Selva morale e spirituale
Pellegrino Possenti : « Ecco Filli, o pastori »
Andrea Falconieri : La suave melodia
Rosa Giacinta Badalla : « Non plangete » 

Chantal Santon, soprano
Ensemble Amarillis
Héloïse Gaillard, flûtes à bec
Violaine Cochard, clavecin et orgue positif
Annabelle Luis, violoncelle 

26 juin 2012, Nantes, Chapelle de l’Oratoire. Dans le cadre du 29e Printemps des Arts de Nantes

« La naissance du baroque en Italie », c’est assez vague et un peu cliché. Le programme proposé, lui, ne l’est pas, couvrant environ un siècle de musique italienne — de la fin du XVIe à la fin du XVIIe — vocale et instrumentale, avec un choix qui va de pièces connues, comme le « Laudate dominum » pour voix et basse continue de la Selva morale e spirituale de Monteverdi ou « Amarilli, mia bella » de Caccini, à des pièces qui le sont moins, comme le très beau — et virtuose — motet « Non plangete » de Rosa Giacinta Badalla. Il y a de « vieilles connaissances » aussi que l’on entend finalement pas souvent en concert et que l’on n’est pas mécontent de retrouver, comme Giovanni Battista Fontana, toujours agréable et inventif, ou Dario Castello.

On ne pourra nier la remarquable maîtrise technique d’Héloïse Gaillard. L’ornementation est très maîtrisée — aussi bien techniquement que stylistiquement —, les traits impeccables ; l’artiste parvient aussi à trouver des accents et des couleurs qui rendent son jeu expressif. Malgré ces grandes qualités, les limites inhérentes aux instruments sont là, et nous avouerons qu’à nos oreilles la flûte à bec soprano, instrument le plus sollicité par Héloïse Gaillard pendant ce concert, d’une part manque de possibilités expressives, et d’autre part, par sa tessiture assez aiguë, finit par fatiguer l’auditeur. Les incursions dans les instruments plus graves de la famille — alto et ténor — apportent un peu de douceur bienvenue. Mais cet assaut envers la flûte à bec soprano, dont nous assumons toute la subjectivité, n’enlève rien au jeu fluide et brillant d’Héloïse Gaillard.

Annabelle Luis assure au violoncelle une basse d’archet à la fois solide, charpentée, et chantante, variée aussi bien dans les intentions que dans les articulations. Elle sait conduire la phrase autant que faire sautiller l’archet.

Violaine Cochard n’est hélas pas à la fête, car l’acoustique de la chapelle n’est guère trop favorable au clavecin, dont le son ne porte pas beaucoup et se trouve comme écrasé par ses comparses. Nous avons cependant entendu une basse réalisée avec humilité et générosité, une basse inventive et expressive, témoignant de la communauté d’intentions musicales entre les quatre musiciennes.

La soprano Chantal Santon est dotée d’un timbre rond et agréablement fruité, d’un phrasé souple et fluide, et chante avec un mélange subtil de sobriété et d’expression. Dans une pièce simple comme le Vestiva i colli de Palestrina, son sens de la ligne nous ravit. Le chant est plein de couleurs qui se distillent tout au long du concert avec finesse ; nous avons admiré la tristesse (le texte le dit : « ogni tristezza assagliami ») dont la voix a su se parer à la fin de L’Eraclitoamoroso de Strozzi, autant que le son poitriné qui venait exprimer le mot « sotterrimi ». Rien n’est jamais appuyé ou excessif — sauf quand le texte le requiert, tel ce « perfido » du même Eraclito presque crié, mais si musical et si expressif ! Chaque début de pièce a su captiver l’auditeur, et la suite ne le lâchait pas. Les traits virtuoses ne mettent pas non plus Chantal Santon en difficulté, comme le montre avec éclat le feu d’artifice qu’est le motet « Non plangete » de Badalla. Elle sait faire son chant souriant, comme dans le « Laudate dominum » de Monteverdi. Le tout avec naturel.

Le concert portait un sous-titre : « Des plus sombres accents à la verve la plus éclatante » ; cela annonçait bien ce à quoi il fallait s’attendre : un voyage dans une galerie de ces affetti si chers aux théoriciens de l’Italie du XVIIe siècle.

Loïc Chahine

19-27 juin 2012, Nantes – Ouest baroque : 29e édition du Printemps des Arts