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Beata est

Museor
31 décembre, 2012

Marc-Antoine CHARPENTIER (1643-1704)

Beata est Maria

Motets à trois voix d’hommes

Les Passions-Orchestre baroque de Montauban
Direction Jean-Marc Andrieu

56′, Ligia, 2012

Marc-Antoine Charpentier est considéré comme un maître incontesté dans le domaine de la musique religieuse. Son œuvre qui réalise une synthèse très personnelle entre  la tradition française et l’héritage italien dont il s’est nourri lors d’un séjour déterminant de trois ans auprès de son maître Carissimi, est marquée par le signe d’une haute spiritualité. De retour de Rome, Charpentier entame une carrière de chanteur et de compositeur. Maître de Musique chez Mademoiselle de Guise, puis Maître de  Chapelle des Jésuites de la rue Saint-Antoine dont les cérémonies  fastueuses étaient accompagnées de musique, il est nommé en 1698  à la Sainte Chapelle de Paris où il achèvera sa carrière.

En marge des honneurs de la Cour, homme d’une foi profonde, Charpentier a composé pour  l’office catholique un nombre considérable de pièces sacrées  en liaison avec les besoins du temps liturgique. La  forme du motet, en particulier la forme plus intimiste du petit motet pour trois voix égales, retient sa ferveur. Ces pièces musicales, inspirées librement du texte latin, dédiés à des voix solistes soutenues par un ensemble instrumental réduit, célèbrent la gloire de Dieu et rendent un fervent hommage à sa miséricorde, ou bien sont voués à la dévotion du culte marial ou encore écrites en l’honneur de Jésus.

Depuis l’automne 2011, l’Orchestre baroque de Montauban Les Passions - dont nous avons pu à de nombreuses reprises chroniquer les réalisations, notamment autour de l’œuvre de Jean Gilles - avec à sa tête son fondateur, le flûtiste à bec Jean-Marc Andrieu, propose à notre curiosité musicale un disque d’une grande qualité artistique qui fait notamment suite au concert que nous avions chroniqué à Strasbourg. Cet ensemble à géométrie variable sur instruments d’époque s’est donné comme projet artistique  de restituer l’interprétation au plus près de l’esprit du  répertoire baroque en en respectant les techniques. « Toutes les œuvres de ce programme ont été éditées par nos soins, basées sur les copies des Meslanges  conservés à la Bibliothèque Nationale » précise ainsi Jean-Marc Andrieu dans la notice du livret, rappelant les travaux musicologiques nécessaires à l’établissement des partitions utilisées. L’abbatiale de l’Abbaye-école bénédictine de Sorrèze dans le Tarn, fondée au VIIIème siècle au pied de la Montagne Noire, a offert en septembre 2011 son cadre majestueux  à cet enregistrement passionnant à plus d’un titre.

A l’écoute attentive du disque, se perçoit la direction sensible et efficace de Jean-Marc Andrieu qui soutient la vivacité rythmique et favorise les échanges contrastés des éléments en présence entre l’ensemble instrumental qui, autour du continuo, théorbe, orgue positif et clavecin, réunit les bois, 2 flûtes à bec, 2 flûtes traversières baroques, les cordes, 2 violons baroques et une basse de violon et les trois voix solistes, Vincent Lièvre-Picard, Sébastien Obrecht et Jean-Manuel Candenot.

Cette gravure des Motets  met en valeur tout l’art et la science compositionnelle de M-A Charpentier qui allient la souplesse et la clarté de la ligne mélodique à une subtile harmonie au service d’une rhétorique diversifiée au plus près de l’expressivité des mots. La fusion de l’art du chant avec le sens du récitatif accompagné s’y accomplit pleinement. La ferveur religieuse est ici portée magnifiquement par le registre des trois tessitures masculines qui traduisent avec émotion les effets dramatiques suggérés par le texte chanté. La musique parcourt tous les tons, du recueillement à la détresse et à la joie. L’esprit de prière anime avec une particulière intensité  la conscience fragile et douloureuse de l’homme face à la grandeur divine pour demander à la bienheureuse mère de Jésus, bénie entre toutes les femmes, d’intercéder pour la rémission des péchés. La foi confiante  en la bonté de Jésus  et en l’Esprit Saint pour l’union de tous hommes dans le sein de l’Eglise éclaire le chemin du peuple des croyants.

Ponctué par deux Ouvertures instrumentales pour des cérémonies religieuses, ce CD, qui réunit ces petits motets autour d’une thématique dramatique, réussit cet équilibre difficile entre distribution vocale et partie instrumentale pour conférer à ces pages une dimension pathétique d’une rare beauté.

Marguerite Haladjan

Technique : enregistrement précis et équilibré