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Beauté des repons

Museor
9 février, 2014

Carlo GESUALDO (1566-1613)

Responsoria 1611 

gesualdo_herrewegheResponsoria et alia ad Officium
Hebdomadae Sanctae spectantia 1611
Tenebrae Responsories
Benedictus et Miserere 

Collegium Vocale Gent
Direction : Philippe Herreweghe

126’36, 2 CDs LPH010, Phi / Outhere, 2013.

Certes la musique de Gesualdo bénéficie de l’admiration singulière de Stravinsky, mais reste assez mal connue et sa discographie n’est pas pléthorique, loin de là. Cet enregistrement est à marquer d’une pierre blanche tant cette intégrale des repons des ténèbres pour la semaine Sainte rend hommage au compositeur. Il a soigneusement veillé à la publication de cet important recueil d’oeuvres sacrées datant de sa maturité. En même temps il a publié en 1611 les livres V et VI de ses Madrigaux jusqu’alors maintenus privés. Sorte de réunion de ses plus beaux chefs-d’œuvre sacrés et profanes, cette somme est admirable. Gesualdo en était parfaitement conscient.

En deux CD les leçons des ténèbres se développent avec ampleur et délicatesse. Toujours a capella, les voix déroulent des volutes infinies qui parfois s’élèvent très haut puis retombent lors d’accords abruptes, marque si reconnaissable de Carlo Gesualdo. La beauté de ses repons est indicible. La richesse des lignes, l’ampleur des accords harmonieux, la surprise des notes étrangères, les superpositions et les moments homorythmiques, forment un ensemble admirable de cohérence et de variété qui stimule constamment nos oreilles et apaise l’âme. La splendeur de l’interprétation permet à la musique de Carlo Gesualdo de remplir tout l’espace. Philippe Herreweghe à la tête du Collegium Vocale Gent a choisi un effectif choral généreux. Avec plus d’un chanteur par partie la dimension religieuse emplit l’espace. La pureté des voix, surtout des dessus, permet une précision d’orfèvre dans la découpe des lignes et des phrasés Les nuances sont subtilement construites et les couleurs varient en fonction du dramatisme du moment. Il n’est presque pas possible de demander plus de beauté vocale, de sureté d’émission, d’amplitude de nuances, ou de délicatesse de phrasés  à un choeur. Cette interprétation démultiplie les audaces et l’inventivité de la musique de Gesualdo en de vastes proportions, très loin de l’intimisme des Leçons de Ténèbres à la française. Le prince Carlo Gesualdo osait ainsi se mesurer aux plus grands compositeurs. Cette audace face à sa caste est grande mais le talent du compositeur valait bien ce scandale.

Philippe Herreweghe et le Collegium Vocale de Gent proposent ainsi une grande et belle version de ces pages sacrées, dotée d’une incroyable hauteur de vue qui nous livre une des plus belles versions discographiques de ces pages, après celle très fervente de A Sei Voci (reed. Apex, enr. 1984-1986) ou un essai inégal de The Hilliard Ensemble (ECM New Series, 1991). Pour compléter le programme un Miserere et un Benedictus ont été enregistrés. Avec des doubles chœurs, des moments de plain chant, l’antique mode de composition prend racine dans le passé immémorial de la chrétienté. Ces deux pièces complètent le portrait impressionnant de Gesualdo en compositeur sacré incontournable. Un très beau double CD qui prend une place enviable dans la belle collection Phi patiemment enregistrés et distribués par Philippe Herreweghe.

Hubert Stoecklin

Technique : enregistrement très ample permettant aux voix de se déployer, tout en permettant une écoute très précise et détaillée. Une très belle qualité d’enregistrement.