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Bertali ? Vous voulez parler de Cecilia ?

Museor
31 décembre, 2009

Antonio BERTALI (1605-1669)

Prothimia Suavissima

XII Sonate a tre o quattro strumenti e basso parte seconda

 

Ars Antiqua Austria
Direction Gunar Letzbor

68’15, enr. 2005 réédité en 2009.

 

Voici le genre d’excellent CD qui ne permettra jamais à Arcana de faire fortune, cas d’école de la mélomanie anti-marketing. Prenez un compositeur quasi inconnu, un titre de recueil impossible à retenir en dépit des moyens mnémotechniques les plus développés, un chef éminemment talentueux mais peu célébré de ce côté-ci des Alpes et de surcroît au nom difficilement prononçable. Agrémentez le tout d’une jaquette terriblement sérieuse avec une gravure du compositeur en médaillon (un Bertali, « 12 Sonates » avec une séduisante jeune fille façon collection Vivaldi et un gros sticker « inédit » aurait pu glamouriser la chose), d’un texte d’accompagnement docte et minuscule, et vous obtiendrez un produit trop respectable qui attendait sa réédition depuis 2006.

Et pourtant, il y a bien des charmes à découvrir sous cette enveloppe docte et revêche, qui cache des compositions élégantes, encore tournées vers les canzone italiennes, de facture libre et dansante, de la plume du Maître de Chapelle de la cour de Vienne. Et c’est avec une gourmandise virtuose que Gunar Letzbor aborde ce recueil (truffé de coquilles), ou plus précisément sa seconde partie publiée en 1672. Sur un Sebastian Klotz du XVIIIème siècle à la sonorité très riche, accompagné de partenaires tout aussi engagés et avec une basse continue, Letzbor laisse s’épancher une mélodie à la structure encore mouvante. L’interprétation intériorisée et complexe, les jeux de textures avec un Ars Antiqua Austria à géométrie variable, hissent ces danses stylisées au rang de grande fresque lyrique, d’une douceur enveloppante mais vive. On admirera en particulier les entrées de la Sonata III a 3, véritable sonate en trio, et plus généralement l’art consommé des musiciens à faire ressortir les différents types d’écriture de ces « plaisirs les plus doux » (Prothimia Suavissima) entre polyphonie, trio et homophonie suggestive.

Les départs sont rigoureux sans jamais une once de sécheresse, les phrasés et articulations coulants et amples, une sensualité ronde omniprésente. A titre personnel, on préfèrera souvent le continuo à l’orgue positif plutôt qu’un clavecin plus disert et trop présent (Sonate V a 3) quoique plus énergique. Sinon, on remarquera une Sonate VI a 3 particulièrement spectaculaire avec ses traits de double croches initiaux, une splendide Sonate VII au climat recueilli et évocateur, au leitmotiv entêtant, la noble droiture de la Sonate VIII.

Encore une fois, l’archet de Letzbor est aussi exemplaire que personnel, dénotant une réelle appropriation de ces œuvres plus lyriques que dansantes. Au-delà de la restitution ou de la lecture, Letzbor façonne avec talent et sensibilité les notes bertaliennes, insistant sur une interprétation déclamatoire où les changements fréquents de tempi et les articulations paraissent naturels et dialogués. Loin de sa violence brute chez Biber, d’une crudité inouïe, Lezbor montre ici un visage plus joyeux, sans superficialité légère (bien téméraire celui qui prendra ses sonates pour de la Tafelmusik décorative), un brin plus extraverti qu’à l’accoutumée.

En définitive, ce Prothimia Suavissima représente un hymne inattendu à la couleur, un jeu sur les formes et les contours de l’orchestre qui apporte variété et contrastes à une interprétation moirée, bien plus avenante que la gravure de la jaquette le laissait supposer…

Armance d’Esparre

Technique : prise de son large et aérée, avec le clavecin un peu trop présent.