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L’incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie

Publié dans : Documents - Dossiers
2 août, 2014

 

feu

Qu’en est-il du fameux incendie de la fameuse bibliothèque, tel qu’il est suggéré dans l’acte III du Giulio Cesare de Haendel ? L’Encyclopédie répond à cette question.

 » (…) la plus grande & la plus magnifique bibliotheque de l’Egypte, & peut-être du monde entier, étoit celle des Ptolomées [sic] à Alexandrie ; elle fut commencée par Ptolomée Soter , & composée par les soins de Demetrius de Phalere, qui fit rechercher à grands frais des livres chez toutes les nations, & en forma, selon S.Epiphane, une collection de 54800 volumes. Josephe dit qu’il y en avoit 200 mille, & que Demetrius espéroit en avoir dans peu 500 mille ; cependant Eusebe assure qu’à la mort de Philadelphe, successeur de Soter, cette bibliotheque n’étoit composée que de cent mille volumes. Il est vrai que sous ses successeurs elle s’augmenta par degrés, & qu’enfin on y compta jusqu’à 700000 volumes : mais par le terme de volumes, il faut entendre des rouleaux beaucoup moins chargés que ne sont nos volumes.

Il acheta de Nelée, à des prix exorbitans, une partie des ouvrages d’Aristote, & un grand nombre d’autres volumes qu’il fit chercher à Rome & à Athènes, en Perse, en Ethiopie.

Un des plus précieux morceaux de sa bibliotheque étoit l’Ecriture sainte, qu’il fit déposer dans le principal appartement, après l’avoir fait traduire en grec par les soixante-douze interprètes, que le grand-prêtre Eléazar avoit envoyés pour cet effet à Ptolomée, qui les avoit fait demander par Aristée, homme très-savant & capitaine de ses gardes. Voyez SEPTANTE.

Un de ses successeurs, nommé Ptolomée Phiscon, prince d’ailleurs cruel, ne témoigna pas moins de passion pour enrichir la bibliotheque d’Alexandrie. On raconte de lui, que dans un tems de famine il refusa aux Athéniens les blés qu’ils avoient coûtume de tirer de l’Egypte, à moins qu’ils ne lui remissent les originaux des tragédies d’Eschyle, de Sophocle, & d’Euripide, & qu’il les garda en leur en renvoyant seulement des copies fidèles, & leur abandonna quinze talens qu’il avoit consignés pour sûreté des originaux.

Tout le monde sait ce qui obligea Jules César, assiégé dans un quartier d’Alexandrie, à faire mettre le feu à la flotte qui étoit dans le port : malheureusement le vent porta les flammes plus loin que César ne vouloit ; & le feu ayant pris aux maisons voisines du grand port, se communiqua de-là au quartier du Bruchion, aux magasins de blé & à la bibliotheque qui en faisoient partie, & causa l’embrasement de cette fameuse bibliotheque.

Quelques auteurs croyent qu’il n’y en eut que 400000 volumes de brûlés, & que tant des autres livres qu’on put sauver de l’incendie que des débris de la bibliotheque des rois de Pergame, dont 200000 volumes furent donnés à Cléopatre par Antoine, on forma la nouvelle bibliotheque du Serapion, qui devint en peu de tems fort nombreuse. Mais après diverses révolutions sous les empereurs Romains, dans lesquelles la bibliotheque fut tantôt pillée & tantôt rétablie ; elle fut enfin détruite l’an 650 de Jésus-Christ, qu’Amry, général des Sarrasins, sur un ordre du calife Omar, commanda que les livres de la bibliotheque d’Alexandrie fussent distribués dans les bains publics de cette ville, & ils servirent à les chauffer pendant six mois. « 

Extrait de l’article  » Bibliothèque  » de l’Encyclopédie de Diderot & d’Alembert