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Il n’en fait qu’au quintette (2)

Museor
17 février, 2010

Luigi BOCCHERINI (1743-1805)

Quintettes à cordes

boccherini_biondiQuintette en la mineur Op.25, No.6
Quintette en ut Majeur Op.25, No.4
Quintette en ré mineur Op.25, No.1
Menuet du Quintette en mi Majeur Op. 11, No. 5 

Fabio Biondi et Enrico Casazza, violons
Ernesto Braucher, alto
Maurizio Naddeo et  Antonio Fantinuoli, violoncelles
Europa Galante, dir. Fabio Biondi 

59’57, Virgin Veritas, enr. 1999

 

 

L’on connait déjà l’habile savoir faire de l’Europa Galante (qui fêtera ses vingt ans l’an prochain) grâce notamment à ses interprétations sulfureuses mais terriblement sensuelles des Concerti de Vivaldi. L’orchestre de Fabio Biondi nous offre ici de découvrir les Quintettes à cordes d’un compositeur dont l’on ne rattache trop souvent le nom qu’à son seul Menuet du quintette à deux violoncelles en mi Majeur (qui clôt l’enregistrement présent). Luigi Boccherini connut pourtant une grande notoriété alors qu’il était au service de l’infant d’Espagne Don Luis qui l’engagea en 1770 comme « Violoncelliste de sa Chambre et compositeur de musique ».  Ce poste lui laissa tout au long de sa carrière une grande liberté d’écriture et c’est tout naturellement qu’il se tourna vers la composition de quintettes, d’autant plus qu’il se trouvait en présence de la famille Font (violonistes, altistes et violoncellistes) également au service du frère du futur Charles IV.

L’Allegro non molto qui ouvre le Quintette en la mineur  annonce dès lors l’originalité du compositeur qui mêle au classique naissant les fureurs et arabesques baroques. Mouvement sombre et anxieux où les musiciens en parfaite osmose nous entraîne avec des accès d’une fièvre frénétique ; les violoncellistes martèlent leurs cordes  tel un cheval au galop labourant le sol alors que les dessus nous éblouissent déjà de leurs ornements pyrotechniques qui fusent de toutes parts, surprenant l’auditeur là où il ne s’y attend pas et créant d’importants contrastes de nuances qui soulignent le caractère imprévisible de ce mouvement. La richesse harmonique issue du mélange des différents timbres fait naître une multitude d’étranges couleurs, à la fois sombres et suaves, mystérieuses et rayonnantes.  Cette sixième œuvre de l’Opus 25 s’achève sur une folle débandade ; le quintette s’élance à l’unisson pour ensuite se disloquer, chacun s’échappant là il le peut dans une course effrénée. Le premier violon ricoche ça et là, exécute des pirouettes de virtuosité et se voit rattrapé au vol par ses confrères pour repartir de plus belle. Les contrastes sont saisissants et renforcent l’impression de  « sauve qui peut » général.  Cette interprétation vivante et peu commune témoigne de la parfaite maîtrise qu’ont les musiciens de leurs instruments et qui peuvent ainsi en exploiter la plus infime possibilité pour rendre cette musique aussi surprenante.

Un des violoncelles invite alors les autres musiciens à le suivre pour un air dansant lors du premier Allegro du Quintette en ut Majeur ; il tisse avec son homologue une toile sonore très charnue sur laquelle les dessus sautillent et rebondissent en s’échangeant de plaisantes paroles. Bien que le thème revienne à plusieurs reprise, l’ornementation naturelle et  limpide nous convie à une découverte perpétuelle du jeu très subtil et plein de belles résonnances de cette Europa Galante  en petit effectif qui parvient malgré cela à créer une atmosphère très dense et chaleureuse. Secret et mélancolique, le Larghetto nous berce d’une complainte doucereuse tandis que les cellos nous envoutent par le balancement ternaire, comme le ferait le roulis d’un bateau en eau calme. Et revoilà notre violoncelle qui clôt ce quintette sur son premier mouvement, effectuant à l’occasion quelques roucoulades et surprenant l’auditeur de par l’unité que trouve la sonate avec cette boucle refermée.

Arrive après un Quintette en ré mineur désolé mais tourmenté le troisième mouvement du Quintette en mi Majeur ; ce « Minuetto »  - qui résume à lui-seul tout l’art de Boccherini – fut maintes fois interprété et c’est donc avec une oreille particulièrement attentive et aiguisée que nous accueillons ce morceau. Mais nous nous désarmons bien vite face à ce rythme allant et enchanteur que les pizzicati des violoncelles inondent d’une fraîcheur enivrante et d’une gaité un peu naïve.

Tout l’art de Boccherini, c’est également celui de l’Europa Galante que nous retrouvons au faîte de sa science, avec une ornementation voluptueuse plus spontanée et limpide que jamais. Souhaitons encore longue vie à cet ensemble qui a su redonner un souffle régénérateur et singulier à la musique italienne des XVI et XVIIIe siècles.

Isaure d’Audeville

Technique : excellente prise de son, très proche