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Il n’en fait qu’au quintette

Museor
31 décembre, 2009

Luigi BOCCHERINI (1743-1805)

Trio, Quatuor, Quintette, Sextuor à cordes

boccherini_biondi2Quintette en ut mineur, Op.45 No.1
Sextuor en fa mineur, Op.23 No. 4
Quatuor  en ut mineur, Op.41 No.1
Trio en ré Majeur, Op.14 No.4 

Fabio Biondi, Andreas Rognoni (violons), Stefano Marcocchi, Ernesto Braucher (altos), Mairizio Naddeo, Antonio Fantinuoli (violoncelles)
Europa Galante, dir. Fabio Biondi

74’08, Virgin Classics, 2009

 

Europa Galante nous propose pour la troisième fois de goûter au lyrisme sensuel de Boccherini, compositeur virtuose et prolixe que l’on apprend peu à peu à découvrir et à apprécier. Au service de l’Infant d’Espagne Don Luis, frère cadet de Charles III, il composa plus de 170 œuvres, intégrant trios, quatuors et sextuors à cordes à une perpétuelle production de quintettes. Il rejoignit en 1786 la cour de Frédéric-Guillaume (violoncelliste chevronné) et conçut pour son nouveau protecteur plus d’une centaine de nouvelles compositions, principalement des quintettes à deux violoncelles. Nos musiciens ont donc dû effectuer un choix difficile parmi les pièces que cette impressionnante production proposait et ce n’est pas sans un certain plaisir que l’on retrouve des œuvres  jouées l’an passé au Théâtre de la Ville.

Il en va ainsi du Quintette en ut mineur, enregistré ici pour la première fois. Le sombre « Adagio non tanto » prépare par d’infinies nuances de couleurs et de textures sonores l’arrivée du second mouvement ; Fabio Biondi et ses confrères nous guident entretemps au travers d’un dédale de dissonances mises en valeur par de pesants silences qui renforcent l’atmosphère inquiète et tourmentée du Quintette. S’élève alors les frémissements de « l’Allegro assai » ; comme Boccherini propulse un instrument dans les moindres recoins de sa tessiture, Europa Galante s’ingénue à utiliser une large palette d’articulations et d’ornements qui rend le discours des rythmes et sonorités très imagé. Le « Finale » reprend, après un « Tempo di minuetto »  débonnaire, le crescendo dramatique instauré dès le premier mouvement. Le jeu des musiciens devient ici sulfureux, les arabesques vertigineuses. Rien n’est laissé au hasard, la moindre triple croche trouve sa propre accentuation, le plus infime quart de soupir son caractère. Boccherini apparait comme un compositeur de génie, à moins que ce ne soient les interprètes qui possèdent le don de magnifier les riches teintes harmoniques suggestives…

Seule œuvre en majeur de l’enregistrement, le Trio en ré débute par un « Allegro giusto » limpide et apaisant ; les méandres que tisse Stefano Marcocchi autour de la ligne mélodique invitent l’auditeur à se laisser bercer par cette approche d’une suave douceur. Aussi le contraste est-il saisissant avec les syncopes furtives de « l’Andantino », d’un caractère soucieux. Comme le sont souvent les derniers mouvements sous la plume du compositeur lucquois, l »Allegro assai » offre à nos virtuoses une nouvelle occasion de témoigner de leur ingéniosité ; alors que violoncelle et alto trottinent inlassablement, le motif principal revient avec une obsession délicieuse que Biondi agrémente de quelques sauts d’octave et autres bagatelles pyrotechniques qui lui sont propres.

Cet art d’une ornementation si fluide et spontanée confère à tous les morceaux qu’aborde Europa Galante – aussi bien au disque qu’en concert – un caractère terriblement vivant, comme si l’on assistait à une création perpétuelle. L’on regrette simplement qu’elle ne dure ici que 74 minutes…

Isaure d’Audeville

Technique : prise de son bien équilibrée entre les divers instruments. La masse sonore est dense et homogène