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Une âme caressante

Muse5
31 décembre, 2009

Luigi BOCCHERINI (1743-1805)

Sonates pour violoncelle

boccherini_SonatasSonate G5, G3, G6 et G4

La Ritirata
Direction Josetxu Obregón

50’48, Verso, 2009

 

De cet enregistrement, l’on retiendra une vision éminemment personnelle, un souffle langoureux et sensuel. Loin de la clarté et de l’aisance mélodique un peu précieuse de ces pièces, Josetxu Obregón privilégie le frottement moelleux des cordes, usant et abusant des positions basses (7ème notamment) pour un jeu peu puissant mais bourré d’harmoniques. La Ritirata qui l’accompagne s’ingénie à brouiller les contours, à flouter les voix, à enchevêtrer les timbres. Il en résulte une pâte épaisse et chaleureuse, d’une extrême douceur. Le Largo de la Sonate G5 en sol majeur s’étire avec une paresse caressante, l’Allegro alla militare plus rebondi que martial laisse s’épancher un théorbe et une guitare rigolardes, le menuet conclusif trop louvoyant en perd son caractère dansant au profit d’un balancement jazzy.

Il y a quelque chose de lumineux et de détendu dans cette interprétation qui s’acharne à monter dans les aigus, qui paradoxalement étale sa virtuosité sans l’assumer vraiment, qui enchaîne des tempi rapides mais qui sonnent comme repus du sommeil réparateur d’une sieste. Le bel Menuetto con variazoni rêveur de la G3 où l’archet du violoncelle titille les perles du théorbes avec complicité ; l’Allegro du G6 suggestif illustrent cet art du « en passant à la manière d’un noctambule ». La Sonate G4 qui termine le programme s’avère peut-être la plus convaincante, grâce au souffle lyrique qui l’irradie et lui donne une plus grande cohérence que ses consœurs. L’Adagio très hésitant, où affleurent les soupirs et les silences, les doubles cordes épuisées jusqu’à la trame, la respiration lente et moite nimbe la pièce d’un parfum enivrant et insidieux. Et le son grainé, déchirant, presque digne d’une viole de gambe égarée au XVIIIème siècle d’Obregón suspendu dans les airs est celui du voyage. Celui d’un Allegro bondissant et étonnamment plus contrasté qu’à l’accoutumée où la basse pourrait se faire plus présente qui trouve son terminus dans un Affetuoso… affectueux et molto dramatico, dansant par les pizzicati rythmés du 2ème violoncelle et les batteries de la guitare. Seule faute de goût, les accords de potache finaux façon « cartoon », suivis des rires des interprètes heureux de leur blague.

Au final, La Ritirata présente une interprétation langoureuse où l’écriture de Boccherini perd de son immédiateté, où les attaques pourraient être plus carrées et énergiques, la lecture plus directe et classicisante. Mais les chemins de l’école buissonnières sont-ils pour autant à dédaigner ? 

Katarina Privlova

Technique : prise de son feutrée, proche et douce