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Des personnages qui devisent avec connivence

Muse5
31 décembre, 2011

Giuseppe Antonio BRESCIANELLO (c. 1690 – 1758)

Liste des morceaux

Sonatas for Gallichone
Sonata Prima en Do Majeur
Sonata Secunda en Sol Majeur
Sonata Terza en Si bémol Majeur
Sonata Quarta en Fa Majeur
Sonata Quinta en Si bémol Majeur
Sonata Sesta en Sol Majeur
Sonata Settima en Do Majeur
Sonata Ottava en Sol Majeur
Sonata Nona en Si bémol Majeur

Terrel Stone, gallichone
73’07, Dynamic, coll. Delizie Musicali, distribution Codaex, 2011.

 

Natif de Florence, Brescianello accomplit la majeure partie de sa carrière au sein des états germaniques, de l’électorat de Bavière à la cour des Würtenberg de Stuttgart où il s’éteignit en 1758. Il fut engagé d’abord comme violoniste puis assura les charges de « maître des concerts de la chambre » ainsi que celle de maître de chapelle, lors de ses déplacements successifs. Les bibliothèques ont gardé de sa plume de nombreux concertos et quelques œuvres vocales, ainsi que dix-huit pièces en forme de sonate dédiées au « gallichone », datant vraisemblablement de 1740. La nature exacte de cet instrument reste un peu dans le flou ; le livret du disque recourt au terme de « colachon », tout en précisant qu’il ne s’agit pas du « colascione », instrument populaire très prisé des Napolitains que Charles Burney décrit comme « une espèce de guitare à deux cordes, accordées à la quinte l’une de l’autre »1 . Un même terme désigne alors deux instruments distincts. Le manuscrit de ces pièces (qualifiées de sonates par nos contemporains) se présente sous l’aspect de tablatures, écriture privilégiée des œuvres pour luth. Une transcription pour guitare ayant été réalisée en 1981, Terrel Stone a choisi pour cet enregistrement un instrument à six cordes dont les proportions s’apparentent à celle du luth, bien qu’il possède un son plus cuivré et des attaques plus incisives.

Simplicité et bonhommie résument assez bien le caractère de ces pièces ; une évidente recherche de clarté se traduit dans l’écriture par l’usage de procédés élémentaires tels que le sont de brèves marches harmoniques, des motifs de gamme, quelques incursions aux tons voisins et un va-et-vient tonique/dominante/tonique quasi constant. Cette construction un peu scolaire susciterait chez l’auditeur davantage d’ennui que d’enthousiasme si Terrel Stone n’avait su lui insuffler un certain swing par son jeu franc et techniquement très au point. Mis en relief par des dynamiques larges et bien construites, les différents mouvements s’enrichissent des nuances les plus opposées et laissent transparaitre la pensée qui fut celle de Brescianello lors de leur composition. La plupart des pièces semble en effet avoir été conçue comme des sonates que l’on imagine aisément pouvoir être jouées par un dessus et une basse distincts, tant un dialogue complice s’impose entre les deux voix. D’autres présentent au contraire une écriture plus solistique dans lesquelles la mélodie se développe sur un socle harmonique.

Terrel Stone anime des personnages qui devisent entre eux avec connivence ; tantôt martial ou mélancolique, le ton général cède bien volontiers à la jovialité. Le seul reproche que l’on pourrait adresser à l’habile marionnettiste serait un manque d’audace et d’imagination dans l’ornementation des reprises, initiative qui aurait sans doute apporter davantage de verve à des figures parfois un peu sages.

Isaure d’Audeville

Charles Burney, Voyage musical dans l’Europe des Lumières (1771), ed. Flammarion, p. 185.
Technique : 
prise de son très proche valorisant la précision du jeu et la spatialisation des différentes voix