Close

Campra se retourne dans sa tombe (bis repetita)

Muse2
6 avril, 2007

André CAMPRA (1660-1744)

Grands Motets

Notus in Judea Deus
De Profundis
Requiem 

Jael Azzaretti, Paul Agnew, Nicolas Rivenq, Arnaud Marzorati,
Les Arts Florissants, dir. William Christie

Virgin Veritas, 2003

Plusieurs années auparavant, William Christie avait ressuscité avec faste et élégance Idioménée du même compositeur aixois. De même, notre « Bill » national avait brillé dans divers grands motets dont ceux de Delalande, de Mondonville ou de Rameau. On espérait donc beaucoup de ce nouvel enregistrement. Si Campra reste fidèle aux canons du grand motet, son style est plus souple et plus galant, sans pour autant sacrifier la pompe louis-quatorzienne bientôt passée de mode. Sous-maître de la Chapelle Royale, ses compositions révèlent un sens de la couleur et de l’harmonie, de l’équilibre entre rigidité française et traits italianisants.  

Malheureusement, ce disque à la jolie couverture s’avère extrêmement décevant. Tout comme ce plastron de cuirasse, les Arts Florissants font preuve d’une dureté sourde qui ne peut que surprendre. Et malgré l’excellence des solistes et de l’orchestre, on ne peut que se désoler sur la direction peu inspirée de Christie, à peine moins embourbée que celle d’un enregistrement de John Eliott Gardiner (Erato). A force de scander chaque mot et de faire ressortir les affects au bistouri, le chef annihile la cohésion des œuvres, nie l’immédiateté mélodique de Campra. Le « Notus in Judea Deus » comporte de jolis passages instrumentaux bien ciselés, mais dégage une impression de stagnation qui ne fait que s’accroître avec un « De Profundis » plus engourdi que profond. Il semblerait que l’illustre chef confonde spiritualité et immobilisme glacé. La déclamation se fait litanie, les effets opératiques qui abondent chez Campra sont excessivement campés et rendent le discours boursoufflé. Le comble est atteint dans le Requiem. Dès les premières mesures, le tempo d’omnibus s’allie à des violons lourds et pâteux, incisifs jusqu’à la violence. L’opposition entre les solistes féminines et le chœur du Sanctus, se transforme en interruption saccadée, les mesures sont heurtées, le phrasé presque happée par un chœur puissant et vorace, peu sensible à la musicalité du moment. Seul l’Agnus Dei parvient à dégager un climat de douceur accompagné de flûtes reposantes, qui rappelle à l’auditeur les délices qu’il a manqué.

Armance d’Esparre

Technique : bon enregistrement. Aucune remarque particulière.