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Canzona, canzona

Muse5
31 décembre, 2010

Giovanni Maria TRABACI (1685-1757)

Opere per clavicembalo


Lydia Maria Blank, clavecin Fuchs 1999 d’après des modèles italiens du XVIIIème siècle
 

76’56, Stellamaris, 2010.

Trabaci, un nom qui sonne comme l’appellation sucrée d’une ville d’Italie, alors que les premières notes d’une Gagliarda énergique et souriante font songer irrésistiblement à du Frescobaldi sous le  toucher coloré et ductile de Lydia Maria Blank. Trabaci, auteur prolifique célèbre à l’époque pour sa musique pour clavier, et dont la jeunesse reste nimbée de mystère, Trabaci enfin organiste de l’Oratorio dei Filippini, puis de la Chapelle des Vice-Rois de Naples. Lydia Maria Blank rend donc justice à ce compositeur auquel on a rarement accordé les honneurs d’un enregistrement entier, si l’on excepte certaines pièces du Premier Livre qui ont été admirablement rendues il y a quelques années par Michèle Dévérité chez Arion.

Les œuvres sélectionnées proviennent des Premier et Second Livres de Trabaci, publiés respectivement en 1603 et 1615 et couvrent une variété louable de types de pièces. On admire les sonorités cristallines et lumineuses du clavecin perlé, dont l’optimisme adoucit la rigueur complexe du contrepoint dans une lecture sereine, équilibrée, d’une étonnante aisance, sans prétention. Ainsi, le riche Ricercar Nono Tono con tre fughe se révèle intelligible, bellement scandé, presque didactique, d’une grâce naturelle, d’une fluidité souple, tandis que les Canzone osent se distinguer par leurs mélodies franches et carrées, malgré une écriture versatile et spectaculaire (Canzona Franzesa Terza ou Seconda virtuoses avec leurs courtes sections, Canzona Franzesa Settima cromatica  avec des modulations troublantes). On ne saurait passer sous silence les pièces-phare du disque, les longues Partite : les Partite sopra Fidele (variation italienne de la Folia), aux caractère d’abord majestueux, à la noble onctuosité, d’une élégance moirée, avec un brin d’ironie dans les changements d’octaves ou de registrations qui laissent poindre une inventivité rieuse derrière le phrasé respectable ; les Partite sopra Rugiero, plus ciselées et aérées, dénotant la maîtrise du compositeur dans les variations et celle de l’interprète dans son impeccable rendu. 

Tout au long de ce récital, Lydia Maria Blank, discrète et virtuose à la fois, sachant faire sonner à merveille un instrument multicolore et jubilatoire, insistant sans violence sur les contrastes dans les tempi et les effets de textures, d’une lisibilité remarquable dans le contrepoint, accompagne cette redécouverte de celui qu’elle espère faire reconsidérer comme bien plus qu’un simple précurseur de Frescobaldi, ce qu’elle démontre avec conviction et brio.

Sébastien Holzbauer

Technique : prise de son proche et cristalline