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Ceci n’est pas une cantate (bis)

Muse3
12 mai, 2013

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

Bach arias

Liste des airs

Mein gläubiges Herze, BWV 68 
Choral Schübler, BWV 645 No. 1
Woferne du den edlen Frieden, BWV 41
Ich, dein betrübtes Kind, BWV 199
Jesus ist ein guter Hirt, BWV 85
Ach bleib bei uns, Herr Jesu Christ, BWV 649
Ich bin herrlich, ich bin schon, BWV 49
Es dunket mich, ich seh dich kommen, BWV 175
Choral Schübler, BWV 650 No. 6
Bete aber auch dabei, BWV 115 
Ich fürchte nicht des Todes Schrecken, BWV 183
Es ist vollbracht, BWV 159
Ich ruf’ zu dir, Herr Jesu Christ, BWV 639
Slchage doch, gewunschte Stunde, BWV 53

Sandrine Piau, soprano
Christophe Dumaux, alto
Emiliano Gonzalez Toro, ténor
Pulcinella
Ophélie Gaillard, violoncelle piccolo et direction 

67’10, Aparté, 2012

Malgré tout le bien que nous pensons de cette réalisation, qui adopte une vision lumineuse et sereine, doublée d’une clarté des lignes de Pulcinella qui n’est pas sans rappeler les enregistrements de Christophe Coin, nous devons hélas être cohérents avec nos convictions, que certains trouveront extrêmes, mais que nous assumons pleinement, dans l’espoir – sans doute vain – de mettre un coup d’arrêt au développement de ce type de programme. En effet, ainsi que nous l’écrivions avec véhémence au sujet de La Cantate imaginaire de Nathalie Stutzmann (Deutsche Grammophon, 2012), parue presque en même temps, et accompagnée elle-aussi de notes de programme de l’incontournable Gilles Cantagrel, il nous paraît déplacé d’éditer des récitals où s’enchaînent les airs de cantates ou autres oeuvres religieuses de Bach (e.g. la Passion selon Saint Jean), non que l’intérêt musical de ce florilège soit à négliger, mais le démembrement de ces airs leur ôte une grande part de la raison d’être, de leur sens profond, de leur signification spirituelle. De même nous sommes opposés à un « best-of » mozartien où se retrouverait le Kyrie de la Messe du Couronnement, suivi d’un Dies Irae du Requiem, pour déboucher avant le dessert sur un air maçonnique.

Nous ajouterons qu’alors que les airs d’opéras seria sont nettement plus interchangeables et autonomes (cf. la pratique des parodies voire des parodies intégrales d’opéras comme le récent Giove in Argo handélien, ou les aria di baule plébiscitées du public que les castrats trimbalaient d’une œuvre à l’autre), et que l’opéra en lui-même pouvait même à l’époque donner lieu à des concerts d’extraits, une telle pratique aurait été impensable pour une cantate religieuse, prévue pour des circonstances d’exécution intégrées à un cadre liturgique très strict. En guise d’argument pratique, il faut aussi faire valoir qu’à l’inverse d’un opéra de plusieurs heures, une cantate intégrale représente la plupart du temps environ une vingtaine de minutes, et que les nombreuses beautés que celles de Bach recèlent autorise facilement l’art d’une sélection de quelques BWV bien sentis, sans pour autant écarteler ces cellules musicales.

Alors, faut-il à présent nous lancer dans la récession critique de cet enregistrement, que nous avons soigneusement évité pour le pendant de Nathalie Stutzmann ? Le level-playing-field s’y refuse. Et tout au plus nous abandonnerons-nous à regretter encore plus ce panachage inutile devant la qualité, l’équilibre et la candeur fluide de l’ensemble, et en particulier le violoncelle piccolo poétique et éloquent d’Ophélie Gaillard, et la délicatesse raffinée de Sandrine Piau. Mais, chut, nous en avons déjà trop dit, et toute analyse plus laudative obscurcirait notre propos principal, théorique, borné mais justifié, confessons-le.

Sébastien Holzbauer

Technique : prise de son aérée et fidèle, superbes chœurs.