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Ceci n’est pas une cantate

Muse3
18 décembre, 2012

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

« Une cantate imaginaire »

Liste des morceaux

Sinfonia – Cantate « Am Abend desselbigen Sabbats », BWV 42 (Johann Sebastian Bach)
« Kommt, ihr angefocht’nen Sünder » – Cantate No.30 « Freue dich, erlöste Schar », BWV 30
« Getrost, getrost ! » – Cantate « Ich freue mich in Dir », BWV 133
Air – Suite No.3 in D, BWV 1068
« Bist du bei mir », BWV 508 Aria – de Gottfried Heinrich Stölzel (attribué à Bach)
Sinfonia – Ich liebe den Höchsten von ganzem Gemüte Cantate, BWV 174
Sinfonia – Cantanta, BWV 21 « Ich hatte viel Bekümmernis »
« Nichts kann mich erretten » – Cantate: « Wer mich liebet, der wird mein Wort halten » BWV 74
« Wie furchtsam wankten meine Schritte » – Cantate No.33 « Liebster Jesu, main verlangen », BWV 33
Sinfonia – Gleichwie der Regen und Schnee vom Himmel fällt Cantate, BWV 18
« Erbarme dich » – St. Matthew Passion, BWV 244
Sinfonia – Cantate « Christ lag in Todesbanden », BWV 4
« Stirb in mir, Welt und alle deine Liebe » – Gott soll allein mein Herze haben Cantate BWV 169
« Gloria in excelsis Deo » Cantate, BWV 191
« Jesus ist ein guter Hirt » – Ich Bin Ein Guter Hirt, BWV. 85
Sinfonia – Cantate « Himmelskönig, sei willkommen » BWV 182
« Vergiss mein nicht, mein allerliebster Gott »
« Jesus bleibet meine Freude » – Herz und Mund und Tat und Leben, Cantate BWV 147

 

Nathalie Stutzmann, contralto et direction
Orfeo 55 

Deutsche Grammophon, 2012

Rarement un enregistrement aura été aussi irritant. Irritant, parce qu’il recèle de très belles pages, et que ce florilège de sinfonias ou d’airs extraits de l’œuvre religieuse de Bach s’avère relativement agréable à l’écoute, avec un orchestre coloré et vif, doté de cordes nerveuses, accompagnant avec grâce la prestation superlative de Nathalie Stuztmann, au timbre velouté, plein, cuivré, d’une souplesse combinée à un sens théâtral affirmé.

Pourtant, il se dégage surtout de cette cantate imaginaire un parfum d’incompréhension et de frustration qui soulève un questionnement plus fondamental. Peut-on, à la manière d’un récital d’airs d’opéras, enfiler les « tubes » de cantates sacrées ou de Passions, à la manière d’un catalogue de rodomontades haendéliennes ou vivaldiennes ? Et en dépit du texte introductif de Gilles Cantagrel, qui recontextualise les œuvres d’où les pièces sont tirées et semble cautionner l’entreprise, notre réponse est clairement non.

Non parce que cet alignement fragmenté des meilleures pages bacchiennes se mue en « best-of » vide de sens, d’une superficialité narcissique. L’approche très opératique de Nathalie Stutzmann, notamment dans ses articulations ou ses ornements, le manque de profondeur d’Orfeo 55, confèrent à l’ensemble l’allure regrettable de cantates profanes ou de da capos de concert aussi brillants que vains, et qui, selon nous, nient la nature même de cette musique-là. Et ce constat ne vaut pas seulement pour les cantates de Bach mais pour n’importe quel autre compositeur.

En outre, cette cantate imaginaire n’en est pas une, puisqu’elle ne respecte pas même la structure d’une cantate, qu’il s’agisse de la forme de la vieille cantate-motet, de la cantate pour soliste ou de la cantate de Leipzig archétypale avec ses chorals, et son alternance d’airs et de récitatifs. Nous pensons la même chose de l’enregistrement tout aussi charmant de Pulcinella, paru concomitamment chez Aparté.

Alors, ce coup de gueule passé, il faut admettre la qualité de la réalisation, l’énergie et les couleurs d’Orfeo 55, la beauté du timbre des instruments obligés, l’investissement de Nathalie Stutzmann et son mezzo profond et si reconnaissable qu’il nous ferait presque oublier nos ratiocinations de principe. Il est donc temps de conclure ce billet, avant de se laisser amadouer par les sirènes du « Kommt, ihr angefochtnen Sünder » d’une douceur mouvante ou par l’apaisé, lyrique et un peu solennel « Bist du bei mir » de Stölzel…

Sébastien Holzbauer

Technique : prise de son aérée et fidèle, superbes chœurs.