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Cheers !

Museor
19 janvier, 2009

« Nobody’s Jig »

The English dancing Master (1651-…)

 

Les Witches : Odile Edouard (violon), Claire Michon (flûtes), Pascale Boquet (luth et guitare), Sylvie Moquet (viole de gambe), Freddy Eichelberger (clavecin et cistre)

77’13, Alpha, 2001, reed. avec catalogue 2009

Extrait : « Prince Ruppert March »

Pour son CD catalogue 2009, Alpha a choisi cet enregistrement très typé des Witches qui en surprendra plus d’un. En effet, dès les premières mesures, l’on comprend clairement pourquoi « Nobody’s Jig » relève de la collection « les Chants de la Terre » (jaquette blanche) et non de « Ut Pictura Musica » (jaquette noire). Car quand bien même l’alibi musicologique est solide et présent, c’est avant tout à l’ambiance enfumée et grouillante du pub irlandais que les oreilles nous évoquent (et pour cause, ces mêmes mélodies ancestrales y sont encore jouées, notamment « Rights of Man »)). Avec une désarmante franchise, des rythmes dansants fortement marqués bourrés d’ostinato répétés jusqu’à l’ivresse et des timbres paraissant plus « folk » qu’authentiques, les musiciens brossent avec générosité et saveur le portrait des campagnes et des tavernes d’un passé pas si révolu que cela.

La première pièce qui donne son nom au récital « Nobody’s Jig » débute par le violon pittoresque d’Odile Edouard scandant les courtes mélodies du thème pendant près d’une minute avant d’être rejointe par ses compagnons et les arabesques quasi-improvisées de la flûte droite de Claire Michon, douce et coulante. Cette dernière fait preuve d’un art consommé de l’ornement tout au long du programme, notamment dans la souple « Daphne » ou le très éthéré « Wooddycock ». Alternant entre poésie nostalgique d’automne (« Stingo »), pièces droites un peu plus bourgeoises et rassurantes pour le baroqueux traditionnel (« Paul’s Steeple », « Sheperd’s Holiday », « A Health to Betty »), petite rigolade entre amis (« An Italian Rant », ‘Hay to the camp » bondissant avec son cistre), les Witches font preuve d’un enthousiasme communicatif, de couleurs variées, et d’un relâchement complice donnant l’illusion d’une extrême facilité dans l’interprétation. Ainsi, « Bravade, Argiers » avec ses amples percussions, sa fraîcheur animée, et ses subtiles variations (pas si éloignée du style de William Brade) se trouve suivie par l’énigmatique « piece without a title » lentement déclamé au luth avec tendresse. On passe soudainement de la parade fanfaronne sur la place municipale à la chambre à coucher où la mère borde son enfant avec une discrète attention. L’enchaînement des plages est extrêmement bien pensé, évitant toute monotonie, tablant sur l’originalité et la surprise afin d’aiguiser l’appétit de l’auditeur.

Voilà donc une balade charmante, très mélodique, où l’on se surprend sans cesse à tapoter le coin de la table ou à battre du pied en rêvassant de vastes paysages de tourbes et de collines grasseyantes. Et cette poésie lumineuse, humble, souriante, ces sons goûts délicieusement « rétro » en conquerront plus d’un, et pas forcément les seuls amateurs de musique du XVIIème siècle…

Viet-Linh Nguyen

Technique : prise de son fouillée et naturelle, relativement proche des musiciens