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Le clavecin français ne s’arrête pas à Couperin !

31 octobre, 2007

Le Clavecin des Lumières

Jean-Patrice Brosse

Bleu nuit éditeur, 2004/2007, 176 p.

 

© Bleu nuit éditeur

« Bon, posez-vos cartables, et sortez vos stylos. L’interrogation surprise portera sur le sujet suivant : Le clavecin français après Couperin et Rameau. Question numéro 1 : citez quatre compositeurs de clavecin du siècle des Lumières. »

Vous relevez la tête, et vous apercevez la mine désemparée de vos élèves qui n’ont pas lu l’excellent livre de Jean-Patrice Brosse, ou écouté les enregistrement du même interprète chez Pierre Verany.

Car ce petit livre sans prétention, à la mise en page un peu étouffante (pas de sauts de paragraphe) se révèle une synthèse de premier ordre (sans jeu de mots sur les 27 ordres de Couperin) qui embrasse successivement la facture de l’instrument, la manière de jouer, et enfin dresse un panorama des œuvres et compositeurs de 1731 à 1770 environ. Ecrit dans un style fluide et didactique, l’ouvrage destiné au grand public allie précision et clarté : on ne sombre ainsi jamais dans l’analyse musicologique pure, et l’auteur sait retenir l’attention du lecteur en n’oubliant pas l’aspect humain. Le chapitre sur la facture de clavecin et les grands artisans est particulièrement digne d’intérêt : on y découvre, outre les innovations expérimentales tels les jeux de pédale, que le célèbre Blanchet fabriquait aussi… de faux Rückers !!! Les recadrages généraux sur les différences de terminologie (Classique, baroque ou rococo ?) sont les bienvenus, les développements sur les Balbastre, Royer, Daquin, Duphly, Dandrieu, Clérambault, Forqueray, Corrette ou A-L Couperin permettent enfin de re-apprécier et de recontextualiser l’apport de ceux que l’on a péjorativement appelé les « petits maîtres ».

Pourtant, si Le Clavecin des Lumières a réussi avec érudition et bonhomie à éclairer le sort de ces compositeurs, l’entreprise demeure inachevée sur deux points : d’une part, le livre est un peu trop laconique sur l’analyse et la description des pièces de clavecin elles-mêmes, privilégiant souvent l’Histoire sur la musique. Les dates, postes officiels, noms de recueils abondent, mais on aimerait s’attarder un peu plus sur les mesures des « Caractères de la guerre » de Dandrieu, les harmonies et accords du « Coucou » de Daquin. D’autre part, si l’écoute attentive de Balbastre, Forqueray ou Royer laisse apercevoir une originalité et un talent injustement méconnus, il faut bien avouer que, même sous les doigts agiles de Jean-Patrice Brosse, les œuvres de Clérambault et Armand-Louis Couperin ou bien les badineries de foire de Corrette ont bien du mal à se départir du vernis brillant mais peu profond de galantes gracieusetés. Et l’on se dit que peut-être un petit livre-disque – où une anthologie du type duClavecin au siècle des Lumières (PV) serait accompagnée par une sorte d’explication de texte fouillée – serait nécessaire pour réellement faire connaître ces tintements argentés oubliés de l’Histoire.

Alexandre