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The King shall rejoice (Coronation Anthems – The Sixteen – Versailles, 01/07/2014)

Publié dans : Concerts
2 juillet, 2014

Gloire à Dieu et au Roi d’Angleterre

The Sixteen, Harry Christophers

 

Harry Chistophers et The Sixteen à Versailles © Muse Baroque

Harry Chistophers et The Sixteen à Versailles © Muse Baroque

George Frideric Haendel (1685 – 1759)

Dixit Dominus

4 Coronation Anthems

The Sixteen, Chœur et orchestre

Harry Christophers, direction

Représentation du 1er Juillet 2014 à la Chapelle Royale du Château de Versailles.

The Sixteen, on les chéris dans Allegri, Lassus, Praetorius… Les voici en terrain plus pompeux, certes à l’église, mais pour Westminster et les quatre incontournables Coronation anthems (hymnes du couronnement) qui retentirent à l’occasion de la cérémonie en l’honneur de Georges II d’Angleterre en 1727. Pour ces morceaux de circonstance, alliance subtile, majestueuse et puissante du leg purcellien, des grandes compositions germaniques à la manière de Biber, et de la grâce italienne, the Sixteen a sorti les parures des grands jours, et la voûte colorée de la Chapelle Royale a donc résonner des échos d’Outre-Manche.

On avouera que le concert fut inégal, avec une première partie un peu trop discrète (un comble !) et une seconde nettement plus inspirée. Ainsi, la représentation débute avec le crescendo du Zadok the Priest, pour lequel on déplore un manque d’urgence et de nervosité. Harry Christophers délivre chaque cellule avec élégance, mais sans excitation, et il faut ainsi attendre le « May the King live forever » pour que le chœur lui-même se départisse d’une certaine raideur. Toutefois, the Sixteen fait montre naturellement de son excellence avec un bel équilibre des pupitres, une clarté des  timbres, une netteté dans les attaques admirables de maîtrise.

De même, petite déception pour l’écriture plus complexe du Dixit Dominus, oeuvre de jeunesse nimbée du soleil de la péninsule vraisemblablement composée pour le Cardinal Ruspoli à Rome vers 1707. Les violons semblent insuffisamment articulés, le premier violon parfois bien rêveur (« Dominus a dextris tui »), et les solistes issus du chœur parfois trop verts, avec une projection insuffisante et des vocalises poussives. Heureusement, le chœur dénote toujours de beaux volumes et une transparence azurée, qui structure le discours et rend à l’oeuvre sa cohérence et sa lisibilité.

Escalier de la Chapelle de Versailles © Muse Baroque

Escalier de la Chapelle de Versailles © Muse Baroque

Arrivé à ce stade, l’entracte permet de manière bienvenue d’admirer les ferronneries des escaliers menant aux tribunes latérales du beau vaisseau d’Hardoin-Mansart et Robert de Cotte. Et puis, voilà The King shall rejoice. Alors, certes, les trompettes ne sont pas naturelles, et les musiciens trichent sur la rigueur musicologique avec leurs instruments aux tubes percés pour une meilleure justesse. Mais à part ce péché véniel, l’on retrouve la jubilation triomphante, la férocité jouissive, la grandeur colorée de cet anthem entraînant à souhait. The Sixteen, libéré de l’amidon de ses habits de soirée, cède alors à une musicalité lumineuse et optimiste d’un enthousiasme superbement ravageur : fluide et solaire, tour à tour primesautier ou massif, dense et tonitruant, le choeur saisit l’auditoire à bras le corps et l’entraîne dans son irrésistible élan monarchique. L’ouverture de Jephta, compacte, dramatique et sombre, vient apporter la preuve que l’orchestre lui-aussi s’est remis d’aplomb, et l’on ne peut qu’admirer la vigueur du Let thy hand be strenghtened, et la sinuosité italianisante brillante du My heart is inditing final d’une force et d’une sensibilité admirables. Et s’il faut un regret, c’est bien celui de ne pas avoir pu bénéficier du retour de l’iconique Zadok the Priest en guise de bis après que l’orchestre eut retrouvé ses esprits.

Viet-Linh Nguyen