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Qu’elle est belle, la ville solitaire !

Museor
10 septembre, 2006

François COUPERIN dit Le Grand (1668-1733)

Leçons de Ténèbres

 

Concerto Vocale, dir. René Jacobs,
Harmonia Mundi France, enr. 1982, 1984.

C’est dans les années 1714 -1715 que François Couperin compose ses « Trois leçons de Ténèbres pour le Mercredy Sainct ». Ce sont les seules du compositeur qui nous soient parvenues, bien qu’il ait affirmé en avoir écrit un cycle complet. Le Livre des Lamentations est un recueil de complaintes sur la chute de Jérusalem devant les glorieuses légions de Rome, vers – 587. Chacun des cinq chants est composé de versets commençant par une lettre hébraïque, que l’usage a conservé.

Couperin a mis Les Lamentations de Jérémie en musique dans le cadre des célébrations de la Semaine Sainte. L’Académie Royale de Musique étant fermée, la Cour accourait aux Ténèbres, notamment à Longchamp où les interprètes les plus renommés du temps chantaient au cours des offices, à la lueur de bougies qu’on éteignait petit à petit. Les Leçons de Ténèbres de Couperin sont une sorte de gigantesque récitatif chanté où les passages marqués « airs » ne se distinguent pas vraiment du reste. Contrairement au reste de sa production, l’oeuvre fait peu appel à des considérations stylistiques contemporaines. Monodie continue renforcée par quelques ornements français (voix filée et vocalises diverses) et de vagues allusion à l’air de cour à la Lambert, les Leçons sont avant tout un hommage religieux et intemporel, qui joue sur ses harmonies, son rythme cyclique et lancinant. Les trois Leçons sont soutenues par une basse continue très dépouillée (orgue, viole de gambe, parfois luth). La troisième est un duo presque où les deux voix s’entremêlent presque sans interruption. 

Bien qu’elles aient été composées originellement pour deux dessus (sopranos), Couperin précisa que l’on pouvait les transposer : c’est donc une version de contre-ténors falsettistes que René Jacobs nous offre. William Christie s’occupe de l’orgue, Konrad Junghanel du théorbe, Sigiswald Kuijken de la viole de gambe : peut-on rêver de mieux ? Cependant, c’est René Jacobs et sa voix extraordinaire qui soutient de bout en bout un enregistrement magique et douloureux dont le seul défaut est peut-être d’être trop apprêté, trop maniéré, trop « baroqueux ». 

Viet-Linh Nguyen

Autres enregistrements recommandés : Avec des sopranos, on s’orientera vers la noble version de Laurence Boulay avec Mieke van der Sluis et Guillemette Laurens (Erato). Eviter Deller, définitivement éclipsé par Jacobs, surtout pour la qualité du continuo. Il existe également une version très honnête par Christophe Rousset. Cependant, aucune n’atteint le mysticisme unique, la tension et la souffrance qui sous-tendent l’enregistrement de Jacobs.

Technique : Bon enregistrement. Aucune remarque particulière.