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« C’est l’âme qui doit jouer. » (C.P.E. Bach, Trios Sonatas, Les Ambassadeurs, Kossenko – Alpha)

Museor
8 novembre, 2014

Carl Philipp Emmanuel BACH (1714-1788)

Trios Sonatas – Concerti a flauto traverso obligato

CPE Bach, Alexis KossenkoConcerto in D Dur Wq13
Concerto in D moll Wq22 (H.425)

Concerto in A moll Wq166
Concerto in B Dur Wq167 (H.435)
Concerto in A Dur Wq168
Concerto in G Dur Wq169 (H.445) 

Arte dei Suonatori, Alexis Kossenko (flûte et direction)

Aureliusz Golinski, Violetta Szopa-Tomczyk, Adam Pastuszka, Yannick Roger, Judith Steenbrink, Eva Golinska, Martyna Pastuszka, Anna Nowak, Joanna Huszcza (violons), Dymitr Olszewski, Bodo Lonartz (altos), Tomasz Pokrywinski, Tom Pitt, Bas van Hengel, Poppy Walshaw (violoncelles), Stanislaw Smolka (contrebasse), Joanna Boslak-Gorniok (clavecin)

Enr. 2005 et 2008, en Pologne

Sonate en Si bémol Majeur pour clavecin obligé et violon – Wq77 (H.513)
Sonate en mi mineur pour flûte traversière et basse continue – Wq124 (H.551)
Sonate en Sol Majeur pour flûte traversière, violon et basse continue – Wq144 (H.568)
Sonate en La Majeur pour flûte traversière, violon et basse continue – Wq146 (H.570)
Sonate en Sol Majeur pour flûte traversière, violon et basse continue – Wq150 (H.574)
Sonate en Ré Majeur pour flûte traversière, violon et basse continue - Wq151 (H.575)

Les Ambassadeurs
Alexis Kossenko (flûte), Zefira Valova (violon), Tormod Dalen (violoncelle), Allan Rasmussen (clavecin)

Enr. 2014, à Copenhague

Alpha, 821

« C’est l’âme qui doit jouer. »
Essai sur la vraie manière de jouer des instruments à clavier,
CPE Bach (Berlin, 1753) 

L’année 2014 aurait pu être consacrée à Carl Philipp Emmanuel Bach qui, dans l’ignorance quasi-générale, a soufflé sa trois-centième bougie. Le label Alpha lui rend cependant un bel hommage en publiant plusieurs de ses Sonates en trio pour violon, flûte et clavecin, accompagnées de concertos pour flûte enregistrés antérieurement. Alexis Kossenko et ses complices virtuoses, s’étaient déjà illustrés dans le même registre, insufflent à ces œuvres encore méconnues un air ébouriffant de fraîcheur, investissant à fond leurs différents caractères qui ondulent entre pyrotechnie joyeuse et galante badinerie.

Une sorte d’évidence musicale émane tant des Sonates que des Concerti où tout s’écoule avec facilité. Le juste équilibre établi entre des tutti puissants et moteurs, et les solos doucement accompagnés (Concerto in B Dur Wq167) permettent aux nuances du flûtiste de ressortir avec plus d’effets, faisant de ces mélodies charmantes le jaillissement naturel des élans de l’orchestre (Concerto in G Dur Wq169). La variété des teintes est saisissante, tant dans l’articulation que dans l’inflexion des ornements, notamment aux cadences. Qu’il intervienne par ponctuation ou accompagne la flûte dans ses épanchements, l’Arte dei Suonatori démontre toujours un jeu vif et à propos.

Les Sonates permettent quant à elles d’entrer dans une écriture plus intimiste, moins démonstrative de virtuosité, mais plus fantasque dans les explorations harmoniques. Les mélodies se font plus mystérieuses (Sonate en mi mineur Wq124), le rythme un peu bousculé. C’est le règne de l’imprévisible et du clair-obscur. Le clavecin – dont « la perfection serait facile à démontrer, s’il en était besoin. » – y occupe une place prépondérante, dépassant la « simple fonction » de basse continue, et est échu de parties richement écrites qui font appel à une virtuosité aussi bien technique qu’à expressive. La seconde moitié du XVIIIeme siècle voit en effet fleurir de nombreuses sonates avec clavecin obligé, et accompagnement de violon ou de flûte (Abel, Mondonville…). Celles de CPE introduisent un réel dialogue entre les deux instruments, les thèmes circulant de l’un à l’autre, d’égal à égal. Les Sonates qui font se rencontrer la flûte et le violon délivrent un souffle particulièrement jubilatoire (Sonate en Sol Majeur Wq150, « Allegro ») par lequel chacun rivalise de vivacité expressive ; les sons se mêlent et s’entrelacent avec espièglerie ou délicatesse, mus par la basse dynamique et chantante de Tormod Dalen. 

Fidèles à la volonté d’un compositeur qui désirait avant tout charmer l’oreille et séduire le cœur, les musiciens rassemblés autour d’Alexis Kossenko livrent ici une interprétation d’une sensibilité légère mais sincère, pétillante d’ornements subtils et de générosité. Et CPE de conclure :
« La bonne exécution se reconnaît aussitôt qu’elle fait entendre avec aisance toutes les notes et leurs agréments au bon moment, avec la force convenable et un toucher qui corresponde au caractère de la pièce. C’est là que naissent la rondeur, la pureté et la continuité du jeu, par où l’on peut s’exprimer clairement. » (Op.cit). 

Isaure Lavergne

Technique : excellente prise de son, bien équilibrée et respectueuses des différents timbres.