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Crème chantilly

Muse5
31 décembre, 2009

Viennoiseries musicales (1806-1826)

Musique pour csákan

 

Viennoiseries-musicalesAnton Heberle : Sonate brillante (1810) (csakan solo) – Adagio Andante con variazioni (1807) (csakan et quatuor à cordes) -  Concertino (1807) (csakan et trio à cordes)
Josef Gebauer : Sonate op. 17 (1812) (csakan et pianoforte)
Karl Scholl : Quartetto (c.1813) (csakan et trio à cordes)
Wilhem Klingenbruner : 12 walzer op. 47 (c. 1817) (csakan et quatuor à cordes) 

Ernest Krähmer : 2e Concert Polonaise, opus 13 (1826) (csakan et quatuor à cordes) 
Anton Csermák : Romance hongroise n°4 (1804) (csakan et pianoforte) 

La Simphonie du Marais : Philippe Couvert, Franck Pichon (violons), Serge Raban (alto), Dominique Dujardin (violoncelle), Marcia Hadjimarkos (pianoforte) 
Hugo Reyne (flûtes et direction)

65′, Musiques à la Chabotterie, 2009

 

Qu’est-ce que le csákan ou « flûte-canne » ? Tout simplement ce que devient la flûte à bec au XIXème siècle : comme la flûte traversière, l’instrument se dote de clefs, mais son mode d’émission du son reste le même. Le csákan a connu une certaine vogue dans les cercles musicaux viennois tout au long du siècle, et l’on peut estimer, d’après Hugo Reyne, à environ « 500 titres le répertoire total du csákan, essentiellement concentré de 1807 à 1849″. Certes, dira l’auditeur moderne, mais ces titres ont-il un intérêt plus qu’anecdotique ? Qu’il suffise de signaler que deux des mouvements de la Sonate op. 17 furent attribués par erreur, dans un arrangement pour hautbois et orchestre à vent, à Carl Maria von Weber.

Indéniablement, l’on a pas à faire ici à des révélations de chefs-d’œuvre absolus oubliés et retrouvés, mais les pièces choisies ne manquent pas de charme, tantôt dans leur virtuosité, tantôt dans leur simplicité, et l’interprétation qu’en donnent Hugo Reyne et les musiciens de la Simphonie du Marais fait revivre un ambiance qui a peut-être été celle des salons de ce début du XIXème siècle, une ambiance plus souvent galante que romantique. Dire que le flûtiste se tire sans difficulté aucune des traits les plus virtuoses serait presque une prétérition ; il faut en revanche signaler que la lecture est toujours sensible autant que brillante, délicate et jamais quelconque. On remarquera particulièrement l’espièglerie de l’Andante con variazioni de Heberle et la douce simplicité de la Romance hongroise de Csermák, l’endiablerie des 12 Valses de Klingenbrunner et l’inspiration coloriste du Quatuor de Scholl et du 2e Concert Polonaise de Krähmer.

Les couleurs sont en effet sans doute ce qui fait la vraie force de cet enregistrement. Les variations de configurations instrumentales, présentant tantôt le csákan seul, tantôt accompagné du pianoforte impeccable de Marcia Hadjimarkos, tantôt d’un trio ou d’un quatuor à cordes dont la texture veloutée se marie à merveille avec le son sucré du csákan.

Saluons du moins l’effort de recherche et le courage de la recréation de pièces aussi réussies que le très beau Quatuor de Karl Scholl ou l’élégiaque « Introduzione » et le « Tempo di polacca » brillant et contrasté du 2e Concert Polonaise d’Ernest Krähmer ; ces œuvres justifieraient à elles seules l’acquisition d’un disque qui n’a pas l’amertume du chocolat noir mais la gourmandise raffinée d’un chocolat au lait couronné d’un dôme de chantilly.

Loïc Chahine

Technique : captation aérée, beaux timbres.