Close

Curarum Levamen

Museor
31 décembre, 2011

Domenico SCARLATTI (1685-1757)

18 Sonates K 239, 208, 72, 8, 29, 132, 430, 420, 481, 514, 64, 32, 141, 472, 3, 380, 431, 9

Alexandre Tharaud, piano

70’45, Virgin Classics, 2011.

Une pochette au graphique minimaliste (un bel homme sur fond rouge, cela ressort très bien), la promesse de sonates écrites pour clavecin exécutée sur un piano moderne japonais… voilà de quoi intriguer le ou la mélomane qui furète dans les bacs à la recherche de disques baroques « classiques », s’il n’est pas déjà un inconditionnel du pianiste… 

Eh bien, le moins que l’on puisse dire, c’est que cela « fonctionne » ! Et diantrement bien ! « La musique de Scarlatti a été écrite et pensée pour le clavecin, mais elle sonne de manière évidente sur un piano moderne. » déclare Alexandre Tharaud. Evidente comme cette lecture fluide et douce, intime et mouvante que l’artiste livre avec un legato de velours non dénué d’énergie. Virtuose maîtrisant parfaitement le langage du maestro italien, Tharaud fait réagir son instrument avec brio, faisant entendre un son ample et lumineux qui répond à son doigté subtil et nuancé.

Les 18 sonates s’égrènent harmonieusement, passant d’un univers coloré et influencé par le folklore mauresque de l’Espagne à une sémantique plus mélancolique et langoureuse. Voyez plutôt la tristesse diaphane et fragile de la Kk 208, au bord du gouffre, à la manière d’une Ophélie au-dessus du lac, où la mélodie est en suspens, où le silence avant la reprise en dit long. Voyez plutôt cette Sonate K 8 en G mineur aux accents par moments spasmodiques de flamenco que l’on entend très bien joué par d’impétueux guitaristes andalous, dansés par de pétulantes gitanes mauresques, mais où l’artiste imprime son voile de gaze enchanteur. Ou encore la Sonate K 72, à la pulsation rapide qui évoque à merveille les tourbillons enflammés du zapateado et qui contraste fortement avec la K481, auquel la structure plus complexe et le tempo plus lent confèrent un caractère moins enjoué, tout comme la K 208 ou la K 32 dont les pleures plaintives deviennent presque des airs d’opéra…

Sous le doigts de Tharaud, la musique se fait discours, et l’originalité virtuosité de Scarlatti (K 29 farouche), perd de sa spectaculaire superbe pour plonger dans une admirable mélancolie rêveuse et poétique : un magnifique enregistrement qui répond parfaitement à l’inscription latine gravée sur la page de titre de l’édition de 1738 : Curarum Levamen, remède aux tourments.

Hélène Toulhoat

Technique : enregistrement intimiste, doux et coloré