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Danse avec les fous

Muse5
31 décembre, 2008

« Danza »

Danses médiévales

danza_ricercar

Ricercar, 2008

 

Peu de témoignages de musique instrumentale médiévale d’avant l’apparition de la polyphonie nous sont parvenus. En outre, le système de notation de l’époque, qui ne mentionne souvent que les hauteurs de sons mais non leur durée, laisse une très grande marge d’interprétation. L’Ensemble Millenarium a résolument choisi la voix de la spontanéité et de l’improvisation, puisant dans quelques sources, en reconstituant d’autres, s’attachant à l’esprit bien plus qu’à la lettre… Un peu comme pour Les Witches qui s’évertuent à recréer l’ambiance d’une époque (Alpha), nos musiciens se sont attachés à retranscrire, le temps de ce disque, une musique quotidienne, humaine, et incroyablement vivante.

Doués d’une incontestable virtuosité, adoptant des rythmes enlevés, Millenarium surprend par son inventivité, sa liberté de ton, ses improvisations qui pourraient mériter un label « musique du monde ». On a moins l’impression d’assister à la résurrection de danses du Moyen-Age que d’être présent dans un ailleurs exotique et indéterminé. La « Quarte estampie réale » se débarrasse de sa majesté pour s’offrir en toute simplicité, le « Saltarello » sautille avec bonhomie, le « Lamento du Val fourni » n’est pas si triste que son titre le laisse paraître.

On regrettera cependant un choix de timbres instrumentaux un peu trop limité (orguines, luth, vièles, citole, flûtes traversères, harpe) de même que des percussions assez uniformes : quelques trompes alliées à plus de cordes pincées auraient été les bienvenus afin de diversifier un peu cette pâte sonore agile mais frêle, plus digne d’une bourgade que d’un château ducal. Et s’il faut louer la grande cohérence du cycle des pièces, celle-ci peut s’avérer relativement monotone. Millenarium aborde chaque morceau avec créativité, mais sans excès, comme une pierre posée à côté d’une autre. Les marques de tâcheron diffèrent, les dimensions et les finitions également. Pourtant, la courtine, vue d’une certaine distance, ne ressemble plus qu’à un pan de mur jaune… que Proust n’aurait pas renié. Les amateurs de danses ébouriffées et spectaculaires, fortement charpentées, farouchement brutes, passeront leur chemin. Ceux qui préfèrent une vision poétique, discrète et sans prétention feront l’acquisition de cet enregistrement doux et original.

Amandine Blanchet

Technique : prise de son bien équilibrée.