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« Das Leben ist ein Traum »

Museor
31 décembre, 2010

Joseph HAYDN (1732-1809)

Arianna a Naxos, Lieder et Canzonettas

haydn_arianna_naxosPleasing Pain,
Eine sehr gewöhnliche Geschichte,
Pastoral Song,
Als einst mit Weibes Schönheit,
Der erste Kuss,
Die zu späte Ankunft der Mutter,
She never told her love, Fidelity,
The Spirit’s Song,
Beim Schmerz der dieses Herz durchwühlet,
The Wanderer,
Das Leben ist ein Traum,
Arianna a Naxos 

Stéphanie d’Oustrac, mezzo-soprano
Aline Zylberajch, pianoforte

59’52, Ambronay éditions, 2010. 

Haydn fut sans doute un grand passionné de théâtre. Outre ses opéras, quelque peu oubliés aujourd’hui, on ne peu manquer d’observer son sens de la dramaturgie dans Die Jahreszeiten et Die Schöpfung, et même dans les symphonies. Se souvient-on que la symphonie n° 60 “Il Distratto” a été composée à partir numéros de musique de scène pour Le Distrait de Regnard ? Ces Lieder, ces canzonettas, et bien sûr cette longue scène d’Arianne — qu’on pourrait comparer à la Scena di Berenice — le prouvent une fois de plus.

Trois langues : l’anglais, l’allemand, l’italien ; la maternelle, l’adoptive, l’opératique. Stéphanie d’Oustrac en mâche les mots avec bonheur ; l’articulation est presque toujours irréprochable, et l’on sent que le texte est dit et joué autant que chanté. Le piano, lui aussi, semble chanter ; quand il n’accompagne pas, il répond ou amplifie.

Du rire au larme, au rêve éveillé aussi, la palette d’expressions employée est large. Le rire, oui, « le rire de la cantatrice » (ai-je entendu une fois après un concert) dans Eine sehr gewöhnliche Geschichte (piste 2).

Pleure-t-elle, Arianne ? « Dove sei, moi bel tesoro ? », dit-elle cela en larmes ? Selon Haydn, elle est encore un peu endormie, encore attendrie pas les songes, et elle rêve. Bientôt, « Ah, siete ingiusti, o Dei, se l’empio non punite ! Ingrago ! Ingrato ! », les imprécations ;  « de chi pietà sperar ? », l’égarement ; l’essoufflement, la chute : « già più non reggo, il piè vacilla, e […] sento mancarmi in sel l’alma. » La chute ? Non, car le petit air final (« Ah, che morir vorrei ») est tout plein de retenue et de noblesse : Arianne, souvenez-vous, est la fille d’un roi ; et en ce moment sublime, les imprécations mêmes sont d’altesse.

C’est en de tels moments que la complicité des deux artistes se fait le mieux sentir : les mêmes émotions les habitent, mais en les exprimant toutes deux, elles les transmettent d’autant mieux à l’auditeur.

Les larmes sont douces : Pleasing Pain (piste 1), disent Anne Hunter (poétesse des textes anglais) et Haydn. Beim Schmerz der dieses Herz durchwühlet (piste 10) est tout en douceur ; point ici d’expressionnisme : le classicisme règne, « ordre et beauté », loin des affres du baroque et de la sensibilité extravertie du romantisme — même si certaines pages, comme The Spirit’s Song, l’annoncent.

À travers ces miniatures, Stéphanie d’Oustrac et Aline Zylberajch nous entraînent dans un dédale d’expressions raffinées. La voix est belle, pleine, ronde, s’autorisant néanmoins un soupçon d’air par moments, une note de poitrine par d’autres. Le pianoforte est touché souvent avec délicatesse, parfois avec force, jamais avec fureur — ce qui n’empêche pas l’énergie (écoutez Fidelity, piste 8 !) ; plusieurs fois, des sons un peu étouffés, étonnants, s’enchaînant avec d’autres plus clairs (ou leur succèdent) délectent (par exemple dans She never told her love, piste 7, ce petit bijou).

Un parcours tout en finesse et en subtilités.

Loïc Chahine

Technique : prise de son claire et précise